Asha Sharma, la boss de Xbox, avait annoncé la nouvelle lors du Xbox Games Showcase 2025 : les exclusivités reviennent sur la machine américaine ! D’abord avec Gears of War E-Day, qui vient de sortir, puis avec Clockwork Revolution, plus tard. Alors que Forza Horizon 6 et Fable arriveront sur PS5 en 2027, la stratégie multiplateforme du géant américain semble floue. Il est temps d’assumer la rupture… pour de bon !
Le grand chantier de Microsoft pour le jeu vidéo
Bien que Sony ait revu sa stratégie au cours des derniers mois, que ce soit par rapport aux portages PC des titres solo ou à la publication de jeux sur disques, c’est bien la division gaming de Microsoft qui, en moins d’un an, a connu les plus gros changements. De têtes, tout d’abord, avec l’arrivée du duo Asha Sharma - Matthew Ball à la place de Phil Spencer et de Sarah Bond. De stratégie, ensuite, avec l'arrêt de la campagne “This is an Xbox”, la baisse du prix du Game Pass et le retour des exclusivités.
Ces derniers jours, la firme américaine a annoncé la création de deux nouvelles entités, Xbox XP (amener les franchises Xbox au-delà des jeux vidéo) et Xbox Labs (expérimenter des mods sous IA). Tout cela alors que l’entreprise a annoncé 3 200 licenciements pour l’exercice 2027. Une “restructuration” aux airs de purge officiellement appelée “reboot” par les équipes dirigeantes.

Il n’est pas aisé de voir clair dans ce que fait la marque au gros “X”. Elle a des envies de grandeur et souhaite devenir “le numéro un mondial du divertissement”, mais elle réduit drastiquement sa masse salariale. Elle dit vouloir se recentrer sur ses licences fortes, mais elle signe Physint d’Hideo Kojima dans la surprise générale. Elle parle du retour des exclusivités sans pour autant désavouer le “cas par cas” brandi par Phil Spencer. Quant au Game Pass, son modèle économique pour les gros AAA en day-one interroge toujours. Assez tergiversé, avec l’approche de la future génération de consoles Xbox, il faut être clair.
Alors que tout a été une Xbox, il faut redéfinir ce qu’est une Xbox
Révélée par Windows Central, une enquête de Microsoft adressée à des personnes inscrites au programme “insider” montre que la firme de Redmond s’interroge sur les exclusivités. En effet, Xbox demande aux utilisateurs si, selon eux, le fait d’avoir des exclusivités sur des titres tels que Fallout, The Elder Scrolls, Diablo, Doom, Physint et même Minecraft, les conforterait dans l’idée d’acheter une console Xbox plutôt qu’une autre. Microsoft va jusqu’à demander si les joueurs seraient prêts à modifier leurs habitudes dans un monde où tous les jeux first-party Microsoft seraient exclusifs à la console !

Ce qui est intéressant dans cette enquête de MS publiée par Windows Central, c’est que les détails donnés montrent qu’il s'agit d’une véritable réflexion, et non d’un sujet rapidement abordé par une IA. Par exemple, il est précisé que des jeux Microsoft sortis ailleurs pourraient être retirés des Stores concurrents et que leurs mises à jour pourraient être stoppées. Il est également expliqué que Call of Duty ne rentre pas dans les softs potentiellement exclusifs, étant donné l’engagement de Microsoft auprès des autorités lors du rachat d’Activision. Cette piste des exclusivités semble donc avoir été un minimum creusée avant de recevoir l’avis des sondés.

Ne plus sortir de gros jeux sur PS5, la seule voie à suivre
Est-ce que Xbox est sur le point de revenir tambour battant dans la bataille des consoles ? Le géant vert serait-il prêt à s’inspirer de ce qui avait été fait à l’époque de la Xbox 360, avec des exclusivités marquantes et des décisions agressives (nous nous souvenons des exclusivités – temporaires – sur les extensions de GTA IV) ? Ce qui est certain, c’est que depuis l’époque Xbox One, la situation a changé. Microsoft possède désormais Activision, Blizzard et Bethesda. Son catalogue de licences fortes a explosé et pourrait être un sacré levier pour inciter les joueurs à craquer pour une console Xbox.

Pourquoi la firme de Redmond veut-elle retenter l’aventure des exclusivités ? C’est simple. Tout d’abord, un jeu Xbox qui sort sur une autre console retire l’intérêt à se procurer une Xbox, ce qui, à une période où une nouvelle console Xbox s’annonce, est une épine dans le pied qu’il faut savoir retirer. Ensuite, un jeu Xbox qui se vend sur PlayStation rapporte 30 % à Sony, sans effort.
Si vous combinez ces deux points, cela engendre cette conclusion : en sortant vos jeux ailleurs, vous rendez vos concurrents plus forts et surtout, vous rendez leur écosystème incontournable. Un joueur qui possède une PlayStation achète ses jeux tiers, comme GTA VI, sur PlayStation, voilà qui paraît logique. Quand Microsoft voit les millions de dollars qui vont lui passer sous le nez à cause d’un parc de Xbox Series X/S largement moins installé que celui de la PS5, le constructeur se dit qu’il n'aurait sûrement pas dû affaiblir lui-même l’attractivité de sa machine.

Le but n’est donc pas simplement d’éviter de perdre de l’argent sur les jeux produits, ce qui peut arriver en cas d’exclusivité d’un gros AAA. Non, le but est d’inciter les joueurs consoles à revenir sur Xbox pour qu’ils dépensent leur argent dans l’écosystème Xbox, que ce soit en achetant des jeux first-party ou des titres third-party. En d’autres termes : revenir aux exclusivités peut faire perdre de l’argent à Microsoft sur le court terme, mais peut lui en rapporter beaucoup sur le long terme.
Il y a bien des joueurs qui s’interrogent sur cette stratégie qu’ils estiment perdante, puisque Microsoft sort aussi ses jeux sur Steam, un Store concurrent. Il y a néanmoins deux différences entre Valve et Sony. La première, c’est que le taux de redistribution diminue en fonction du chiffre d’affaires généré sur la plateforme de Valve. Au-delà de 50 millions de dollars, Steam ne prend plus que 20 % plutôt que 30 %. La seconde, c’est que Steam ne mène pas une guerre aux exclusivités contre Xbox comparable à celle que Sony a historiquement menée sur le marché des consoles. En revanche, oui, Valve concurrence Microsoft sur la distribution des jeux PC et sur le contrôle de l'environnement de jeu.

Éditeur ou constructeur ? Xbox, qui n’a que trop longuement hésité pendant les années Spencer, va devoir choisir. Selon Asha Sharma, “la clarté est une sorte de bienveillance”, et nous espérons que la stratégie de la marque qu’elle dirige va devenir limpide. En attendant la future exclusivité Xbox annoncée, Clockwork Revolution, la patronne de Xbox a fait retirer les noms des autres consoles dans les trailers diffusés par Microsoft et a réussi à convaincre Satya Nadella de ne plus vanter les bienfaits du multiplateforme. Les signes avant-coureurs d’un vrai retour aux exclusivités ?