Alors que Sony prépare la fin définitive des disques sur PlayStation, Nintendo confirme le maintien des cartouches sur Switch 2. Une stratégie rassurante guidée par la demande des joueurs, mais qui cache de vraies nuances économiques.
L'industrie du jeu vidéo traverse une secousse majeure, trois mois après la décision historique de Sony d'abandonner le format disque sur toutes ses consoles à l'horizon janvier 2028. Nintendo allait-il emboîter le pas à son rival historique et imposer le 100 % dématérialisé ? La réponse est tombée, et elle va rassurer les amoureux du fromat physique, au moins pour un temps. Lors d'un entretien accordé au canal média Coelho no Japão durant la Brasil Game Show 2026, le cadre dirigeant de la firme en Amérique latine est venu clarifier la feuille de route du constructeur japonais.
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Quand sortira le jeu physique de vos rêves sur Nintendo Switch 2 ?
Interrogé au micro de la chaîne brésilienne, Bill van Zyll, vice-président et directeur général de Nintendo pour l’Amérique latine, a martelé que la marque n'avait aucun projet d'abandon du format physique.
Écoutez, historiquement, nous avons toujours été très agnostiques, n'est-ce pas ? Nous nous adaptons à ce que préfère le consommateur et nous le prenons très fortement en compte. Nous avons aussi une plateforme qui vient d'être lancée. Nous sommes à un peu plus d'un an de la Switch 2. Et elle dispose des deux capacités, vous savez, le numérique, mais aussi le physique. Il n'y a donc aucun projet d'abandonner le physique. Nous savons à quel point les fans l'aiment. Donc oui, notre position a toujours été d'être agnostiques.
Nintendo says it has no plans to stop selling physical games because fans enjoy them
— Dexerto (@Dexerto) October 12, 2026
"We go off of what the consumer prefers and take that into account very heavily" pic.twitter.com/IPDYbSNgYE
Cette prise de parole n'a pas été faite par Bill van Zyll par hasard : le Brésil et l’Amérique latine restent l’un des marchés les plus attachés aux versions physiques. L'ironie de l'histoire n'aura pas échappé aux observateurs : ce même Bill van Zyll avait annoncé en 2015 le retrait des jeux physiques de Nintendo au Brésil en raison de taxes d'importation étouffantes. Onze ans plus tard, le voilà propulsé en défenseur numéro un de la cartouche.
Du côté du matériel, l'argument est tout aussi pragmatique : la Nintendo Switch 2, sortie en juin 2025, embarque un lecteur de cartouche parfaitement fonctionnel et rentabilisé. L'abandonner en plein milieu de cycle n'aurait aucun sens économique.
Pourquoi la stratégie de Nintendo s'oppose-t-elle à celle de Sony ?
Ce positionnement crée un contraste saisissant avec la concurrence. Sony a acté la mort de la boîte sur PlayStation d'ici début 2028, justifiant ce choix par des habitudes de consommation désormais orientées à 80 % vers le PlayStation Store lors de l'exercice 2025. Un raz-de-marée numérique qui a provoqué la colère de nombreux joueurs. De son côté, Microsoft étudie des mécanismes pour convertir les disques physiques en licences dématérialisées.
Hardware - Nintendo Switch 2 led the US hardware market in both unit and dollar sales for both the August and 2026 year-to-date periods. PlayStation 5 ranked 2nd across both measures and time periods.
— Mat Piscatella (@matpiscatella.bsky.social) 2026-10-08T13:00:15.758Z
Selon Mat Piscatella, analyste chez Circana, Nintendo devrait ainsi rester le seul constructeur majeur à produire du jeu physique au moins jusqu’à la fin de vie de la Switch 2. Les chiffres récents lui donnent raison : le dématérialisé représentait 54,6 % du chiffre d’affaires logiciel sur l'exercice clos fin mars 2026. Les ventes physiques représentent donc à peu près la moitié des ventes globales de Nintendo. Sur les jeux complets purement vendus à l'unité, la boîte demeure un pilier incontournable.
Qu'est-ce qu'une Game-Key Card et quel est le piège pour les joueurs ?
Si le discours de Nintendo se veut rassurant pour les collectionneurs, la réalité du terrain est plus nuancée. C'est là qu'interviennent les fameuses Game-Key Cards (GKC). Ces boîtes vendues en magasin contiennent une cartouche physique qui n'embarque aucun fichier de jeu, mais sert uniquement de clé matérielle pour déclencher un téléchargement obligatoire sur l'eShop.

Bien qu'elles nécessitent un stockage interne et une connexion Internet, ces cartouches hybrides conservent l'avantage de pouvoir être prêtées ou revendues sur le marché de l'occasion. Mais cette pratique agace : en février 2026, on recensait déjà 56 jeux Switch 2 en version Game-Key Card contre seulement 23 sorties sur cartouches complètes.
Le format physique va-t-il devenir plus cher que le numérique ?
Le maintien du format physique se heurte à des réalités économiques très lourdes. Une cartouche Nintendo contient de la mémoire flash et des composants sujets à la fluctuation du prix des semi-conducteurs, auxquels s'ajoutent le packaging, le transport mondial et la marge des enseignes de distribution.
Pour amortir ces coûts, Nintendo a ajusté ses tarifs en France dès 2026. Mario Kart World est affiché à 79,99 € sur l'eShop contre 89,99 € en prix conseillé en version boîte, même constat pour Donkey Kong Bananza (69,99 € en ligne contre 10 € de plus en boîte). Si les prix pratiqués par la grande distribution adoucissent souvent la note en rayon, le message de l'éditeur est limpide : produire du physique coûte cher.
À cette contrainte financière s'ajoute un problème technique majeur qui fragilise la promesse de la cartouche : la dépendance absolue aux serveurs. Aujourd'hui, rares sont les jeux sortis sur cartouche qui ne nécessitent pas un patch « Day One » ou un téléchargement de données pour fonctionner correctement ou corriger des bugs critiques. Même si Nintendo conserve le format physique, qu'adviendra-t-il de ces cartouches dans 15 ou 20 ans, lorsque le constructeur fermera les serveurs de la Switch 2 comme il l'a fait pour la 3DS ou la Wii U ? On pourra assister à la disparition d’un jeu, comme cela a été le cas avec des titres comme Evolve ou The Crew. La frontière entre propriété physique et licence dématérialisée devient plus poreuse que jamais.

En se posant en dernier rempart du jeu en boîte, Nintendo s'assure un avantage marketing massif auprès des familles et des collectionneurs, tout en garantissant la survie des magasins spécialisés et la préservation du patrimoine vidéoludique. Mais le discours reste pragmatique : Nintendo n'abandonnera pas le physique tant que les joueurs en achèteront. L’annonce de Bill van Zyll se veut donc rassurante, mais pour combien de temps ?
Là où Sony arrache le pansement d'un coup, Kyoto le décolle millimètre par millimètre. La vraie question n'est plus de savoir si la cartouche disparaîtra sur Switch 2, mais s'il en existera encore sur la génération suivante.