Récompenses quotidiennes, notifications qui poussent à revenir chaque jour ou paramètres sociaux ouverts par défaut : certaines habitudes bien installées dans les jeux en ligne pourraient bientôt devoir évoluer en Europe. Avec son KIDS Act, Bruxelles veut imposer une nouvelle logique aux services utilisés par les mineurs : la protection ne serait plus une option à activer, mais un principe intégré dès leur conception.
Présenté par la Commission européenne le 17 septembre 2026, l’EU KIDS Act ne concerne pas seulement les réseaux sociaux. Les jeux en ligne entrent explicitement dans son champ d’application, avec des règles spécifiques destinées à protéger les moins de 18 ans. À ce stade, rien n’est encore définitif : le règlement doit être examiné par le Parlement européen et le Conseil, qui peuvent modifier le texte avant son adoption. Mais s’il reste proche de sa version actuelle, certains systèmes extrêmement répandus dans le jeu vidéo devront être repensés pour les joueurs mineurs.
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Des mécaniques conçues pour nous faire revenir dans le viseur
Le changement majeur tient en trois mots : « safety by design », ou sécurité dès la conception. Plutôt que de laisser aux joueurs ou à leurs parents la responsabilité de désactiver certaines fonctionnalités, les services accessibles aux mineurs devront être conçus avec des protections activées par défaut. Pour les jeux en ligne, le texte impose notamment de ne pas encourager une utilisation compulsive ou excessive par les mineurs et renvoie à plusieurs règles générales contre les designs jugés addictifs.
Concrètement, Bruxelles cible des mécanismes désormais familiers : les notifications artificielles destinées à faire revenir l’utilisateur ou encore certaines récompenses conditionnées à une utilisation répétée. Les « streaks », ces séries qui récompensent une connexion quotidienne et peuvent être perdues en cas d’absence, sont explicitement citées parmi les pratiques problématiques. La logique est claire : un mineur ne devrait pas être poussé à relancer un service uniquement par peur de perdre une progression ou une récompense accumulée.
Les jeux en ligne vont devoir revoir certains de leurs systèmes
Le jeu vidéo fait même l’objet d’une section spécifique. Les éditeurs devront prévoir un niveau élevé de confidentialité et de sécurité pour les comptes des mineurs, mieux encadrer leurs contacts avec d’autres utilisateurs et mettre à disposition des outils de contrôle destinés aux responsables légaux. Pour les moins de 13 ans, l’accès aux services concernés devra notamment être activé et contrôlé au moyen de ces outils. Le texte prévoit aussi des garde-fous pour empêcher qu’un jeu soit utilisé afin d’inciter un enfant à poursuivre une conversation sur un autre service potentiellement plus dangereux.

Les achats numériques sont également présents dans le dispositif général. Le projet prévoit notamment que, lorsqu’un mineur effectue certains achats avec une monnaie virtuelle achetée avec de l’argent réel, sa valeur monétaire correspondante soit clairement affichée. Il s’attaque aussi aux systèmes de récompenses variables dans certaines transactions et, plus largement, aux mécanismes susceptibles de favoriser des dépenses impulsives. Le périmètre exact de ces obligations varie toutefois selon le type de service : le texte définit des règles spécifiques aux jeux en ligne plutôt que d’appliquer indistinctement toutes les dispositions prévues pour les réseaux sociaux et plateformes vidéo.
Une loi encore loin d’être définitive
Pour les joueurs adultes, le KIDS Act n’annonce donc pas la disparition générale des récompenses quotidiennes, des notifications ou des systèmes de rétention. Les obligations concernent avant tout l’expérience proposée aux mineurs. Leur application suppose aussi de savoir à quelle tranche d’âge appartient l’utilisateur : le projet prévoit pour cela des mécanismes de vérification de l’âge, avec l’objectif affiché de limiter la transmission de données personnelles aux plateformes.

Reste surtout à savoir quelle version survivra aux négociations européennes. Le Parlement et le Conseil doivent désormais examiner la proposition avant qu’elle puisse devenir une réglementation applicable dans l’Union. Pour l’industrie du jeu vidéo, l’enjeu est néanmoins déjà considérable : si le principe de « safety by design » est conservé, protéger les jeunes joueurs ne consistera plus seulement à ajouter un contrôle parental. Certains jeux devront directement intégrer cette contrainte dans leur manière de retenir, récompenser et faire interagir leurs utilisateurs mineurs.