Après des décennies d’échecs cuisants, le cinéma semble enfin avoir compris comment adapter nos jeux vidéo préférés. La recette miracle ne réside pas dans la fidélité aveugle, mais plutôt dans la capacité à s’affranchir de scénarios souvent ridicules pour privilégier l’ambiance.
L'histoire d'amour entre le cinéma et le jeux vidéo a toujours été pour le moins tumultueuse. Pendant près de trente ans, les spectateurs ont dû subir des longs-métrages souvent bancals, tentant désespérément de coller aux œuvres d'origine. Mais le vent tourne enfin, et la clé de cette soudaine réussite pourrait bien froisser les puristes les plus intransigeants.
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Le piège mortel de la fidélité absolue
S'acharner à transposer le récit exact d'une œuvre vidéoludique sur grand écran est souvent la meilleure façon de foncer dans le mur. C'est le constat implacable que l'on peut dresser en observant la longue liste d'adaptations qui ont jalonné ces dernières décennies. La majorité des scénarios qui portent nos franchises favorites s'apparentent en réalité à de gigantesques nanars. Plus l'œuvre originale est ancienne, plus ce trait de caractère se révèle prononcé. Prenez la célèbre franchise Mortal Kombat, dont les intrigues de royaumes interdimensionnels ne servaient finalement que de vague prétexte pour justifier des affrontements sanglants entre des ninjas aux tenues bariolées.

De leur côté, les mascottes historiques comme Mario ou le hérisson bleu Sonic brillaient par l'absence quasi totale d'enjeux narratifs concrets. Quant à la légendaire Lara Croft de Tomb Raider, ses acrobaties improbables tout en canardant des dinosaures fonctionnaient parfaitement manette en main, mais beaucoup moins devant une toile blanche. Ces transpositions littérales ont logiquement accouché de longs-métrages accueillis avec une immense froideur par la critique ainsi que par le grand public. La pilule est parfois encore plus difficile à avaler lorsque le réalisateur est un amoureux transi de la licence, à l'image du naufrage retentissant de Christophe Gans avec son très décrié Return To Silent Hill.
L'audace de tout recommencer à zéro
Le salut des adaptations semble donc se trouver dans une forme de trahison créative parfaitement maîtrisée. Il aura fallu attendre une éternité pour voir émerger une vision cinématographique de Resident Evil qui mette enfin tout le monde d'accord, et ce miracle porte la signature de Zach Cregger. Son secret de fabrication est aussi radical qu'efficace, puisqu'il s'est permis de balayer d'un revers de la main l'intégralité de l'histoire et des figures emblématiques de la saga horrifique. Au lieu de sombrer dans un fan service stérile, le réalisateur a préféré capturer l'essence même et l'angoisse viscérale d'une partie de Resident Evil. Le résultat offre une expérience troublante, donnant presque l'illusion d'observer un joueur complètement dépassé par les événements.

Cette approche tranche radicalement avec les anciennes tentatives de Paul W.S. Anderson, dont les longs-métrages finissaient toujours par s'effondrer dès qu'ils tentaient d'intégrer maladroitement des acteurs grimés en Leon S. Kennedy ou Ada Wong. C'est d'ailleurs pour cette raison que son tout premier volet porté par Milla Jovovich reste appréciable, bien que son cas mérite un tout autre débat. Sauf que Paul W.S. Anderson s'est toujours débrouillé pour que ces films ne coute pas un rond (moins de 60 million de dollars, quasiment rien a l'echelle d'Hollywood), et soit rentable par la seule force de leurs franchise.
L'argent appelle l'argent
Et c'est la que le probleme peut survenir, quand on commence a faire exploser le budget de ces adaptations sans réfléchir en pensant prendre le gameur moyen pour un spectateur facile à convaincre. L'industrie hollywoodienne continue de produire des adaptations dictées uniquement par l'appât du gain facile, convaincue qu'un succès critique sur consoles se transformera mécaniquement en billets verts.

L'exemple récent de Borderlands illustre parfaitement cette dérive financière avec son budget colossal de 115 millions de dollars pour de maigres recettes atteignant péniblement les 33 millions. Si la véritable recette du succès consiste désormais à ignorer la mythologie d'origine pour en conserver uniquement les sensations, l'idée d'un futur long-métrage basé sur le lore d'Elden Ring laisse d'ores et déjà présager le pire, vu comment sont scénario est alambiqué.