The Witcher 4 : Transition vers Unreal Engine 5 et les défis d'une nouvelle ère de développement

Titre original : The Witcher 4 : 15 ans de travail quasiment jeté à la poubelle, mais "ce n'est pas la faute de Cyberpunk 2077"

En officialisant l’abandon du REDengine, son moteur graphique interne utilisé depuis The Witcher 2 (2011), au profit de l’Unreal Engine 5 d’Epic Games pour The Witcher 4, le studio polonais CD Projekt RED a pris une décision radicale. Une transition majeure qui signifie jeter près de 15 ans d’investissements techniques à la poubelle… mais dont le catalyseur n’est pas le lancement raté de Cyberpunk 2077.

Le REDengine n'a pas coulé sous Cyberpunk 2077

L'idée reçue est tenace : le REDengine aurait montré ses limites techniques lors de la sortie de Cyberpunk 2077, poussant la direction à fuir un outil obsolète.Lors d’une intervention sur le podcast Deconstructor of Fun, Michał Nowakowski (co-PDG de CD Projekt RED) a qualifié cette théorie "d'hypothèse erronée". Les déboires de Cyberpunk 2077 à sa sortie découlaient de problèmes d'optimisation et de gestion de projet, non de l'architecture-même du moteur.

Le vrai déclencheur : la claque "Matrix Awakens"

Le véritable point de bascule ne vient pas d'une crise interne, mais semble-t-il d'une démonstration technique externe. Fin 2021, Epic Games dévoile The Matrix Awakens, une démo jouable bluffante de réalisme conçue sur l'Unreal Engine 5. En obtenant un accès anticipé à cet outil, les ingénieurs de CD Projekt RED constatent le bond technologique :

  • Nanite : gestion dynamique de la géométrie permettant un niveau de détail virtuel sans perte de performances.
  • Lumen : système d'illumination globale et de réflexions en temps réel ultra-réaliste.

Face à ce constat, l'équation devenait simple pour le studio : reproduire de telles fonctionnalités sur le REDengine aurait exigé des années de travail et un budget colossal. L'Unreal Engine 5 proposait déjà une solution clé en main, mûre pour supporter des mondes ouverts géants.

Développer des jeux plutôt que de la technologie

Cette décision découle d'un recentrage fondamental sur l'ADN du studio : maintenir un moteur propriétaire exige de mobiliser des dizaines d'ingénieurs de pointe uniquement sur la maintenance logicielle et la correction d'outils. Comme le rappelle Michał Nowakowski, la vocation première de CD Projekt RED est de raconter des histoires et de concevoir des RPG immersifs, non d'être un éditeur de logiciels. Déléguer l'infrastructure technique à Epic Games permet de réallouer 100 % des forces créatives sur le game design, le scénario et le polissage.

  • Avec le REDengine : chaque nouvelle recrue devait passer par plusieurs mois de formation interne pour assimiler un moteur propriétaire doté d'outils parfois complexes ou mal documentés.
  • Avec l'Unreal Engine 5 : le studio adopte un standard de l'industrie. Les développeurs recrutés dans les nouveaux studios à l'international (Boston, Vancouver) sont opérationnels dès le premier jour avec un moteur connu de tous.

Opportunités et risques pour The Witcher 4

Si cette transition promet un développement plus stable et un jeu mieux fini le jour J, elle n'est pas exempte de défis techniques et artistiques

Bénéfices attendusRisques et défis
Graphismes de pointesMicro-saccades récurrentes sur les mondes ouverts sous Unreal Engine 5
Intégration accélérée des nouveaux développeursRisque de perte d'identité visuelle si les outils ne sont pas personnalisés.
Fin du correctif d'outils interne au profit du gameplayDépendance technologique vis-à-vis d'un tiers

Pour contrer ces risques, CD Projekt RED ne se contente pas d'acheter une licence : le studio a scellé un partenariat stratégique avec Epic Games pour co-développer et adapter le moteur aux exigences spécifiques des RPG en monde ouvert. Le pari est ambitieux mais pragmatique. Il faudra toutefois patienter jusqu'aux premières séquences de gameplay (et la sortie prévisionnelle aux alentours de 2028) pour vérifier si le nouveau The Witcher, mais surtout le nouveau CD Projekt, tient toutes ses promesses.