Ce 14 septembre, la 78ème cérémonie des Emmy Awards a placé Apple TV + et HBO sur le toit du monde (du petit écran). Un message fort envoyé à l’industrie quant à la qualité de leurs productions.
Le gratin d’Hollywood s’est réuni dans l’enceinte du Peacock Theater à Los Angeles pour célébrer la fine fleur de la télévision. Personne ne s’attendait pourtant à un tel bouleversement de la hiérarchie. Cette soirée de gala s’est transformée en une véritable passation de pouvoir : les pionniers de la SVOD ont dû s’incliner devant deux plateformes ayant fait de l’exigence artistique absolue leur fer de lance.
Les grands vainqueurs de la soirée
Dès les premières remises de prix, le ton était donné. La salle a d’abord retenu son souffle lors d'une ovation interminable adressée à Matthew Rhys. L’acteur gallois a réalisé un exploit monumental en repartant avec deux statuettes de meilleur acteur principal au cours de la même soirée. Une récompense qui salue sa polyvalence inouïe, lui qui a brillé à la fois dans la comédie Widow’s Bay et le drame The Beast in me. L’autre grand moment d’émotion fut la victoire de Rhea Seehorn. Longtemps snobée pour son rôle dans Better Call Saul, elle obtient enfin la consécration ultime de la meilleure actrice pour Pluribus, un triomphe salué comme une véritable justice par toute la profession.
Matthew Rhys recevant son ovation

Du côté des œuvres, le palmarès a été vampirisé par quatre productions. La comédie Widow’s Bay s'est imposée comme la série incontournable avec 14 prix (dont meilleure série, réalisation et scénario), tout en sacrant son casting de stars. Le registre dramatique reste quant à lui dominé par The Pitt, digne héritière d'Urgences, qui rafle le trophée suprême pour la deuxième année consécutive et couronne Noah Wyle. La science-fiction n'est pas en reste avec Pluribus, véritable phénomène sur Apple TV+ qui a enfin offert son premier Emmy de scénariste à Vince Gilligan. Enfin, le thriller haletant DTF St. Louis a dominé les mini-séries grâce, notamment, aux performances de David Harbour et Linda Cardellini.
Netflix et Amazon : le lourd tribut de la quantité
En coulisses, cette édition a acté un changement industriel majeur. Apple s'installe au sommet avec 28 récompenses, talonnée par HBO (21 statuettes), tandis que Netflix doit se contenter de la marche la plus basse du podium (16 prix). La stratégie initiée il y a près de sept ans par la firme de Cupertino s’avère redoutable : produire moins, mais s’entourer des plus grands créateurs. Une ambition qu'Eddy Cue assumait pleinement pour faire d'Apple la nouvelle référence. De son côté, HBO a su faire le dos rond en misant sur son ADN historique, à savoir des fictions dramatiques exigeantes, sombres et brillamment écrites.
Face à ce rouleau compresseur critique, Netflix et Amazon Prime Video accusent le coup. Si le géant au N rouge conserve une force de frappe inégalée en termes d’abonnés, il paie les limites de sa stratégie axée sur le volume, peinant à hisser ses nouveautés au sommet de la hiérarchie artistique.
Eddy Cue recevant le prix de Personnalité de l'année du divertissement aux Cannes Lions en 2026

Le constat est encore plus lourd pour Amazon, qui repart les mains vides dans les catégories reines. Même ses blockbusters les plus porteurs, à l'image de la très onéreuse saison 2 de Fallout, ont été ignorés par les votants. Face à l'abondance infinie de contenus, l'industrie montre qu'elle préférera toujours récompenser l'artisanat de luxe plutôt que la production à la chaîne.