L’été 2026 s’annonçait historique pour les fans de pop culture en France. Des promesses de milliards d’investissements, des annonces politiques retentissantes, et puis l’ombre d’un parc d’attractions officiel dédié à Dragon Ball planait sur l’Île-de-France. Un rêve de gosse devenu réalité ? Pas si vite : les ayants droit japonais viennent de siffler la fin de la récré.
L’effervescence était pourtant palpable chez les fans de l'œuvre d'Akira Toriyama. L'idée de pouvoir un jour se promener dans une reconstitution grandeur nature de la Kame House ou d'embarquer à bord de montagnes russes à la vitesse d'un Saiyan près de Paris avait de quoi donner le tournis. Mais le retour à la réalité est brutal. Derrière la com' bien huilée et l'enthousiasme politique, la diplomatie du divertissement vient de se prendre un Kaméhaméha en pleine face.
Une annonce politique menée à cent à l'heure
Tout a démarré à la fin du mois d'août 2026. Le président de la République Emmanuel Macron officialise la signature d'un protocole d'accord majeur avec le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. L'ambition affichée force le respect : un projet titanesque de six milliards d'euros visant à bâtir trois parcs à thème à Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise, promettant au passage la création de 22 000 emplois directs.
Si le chef de l'État s'est contenté d'évoquer pudiquement son intérêt pour la culture manga, les relais politiques n'ont pas tardé à s'engouffrer dans la brèche. Dans la foulée, l'Élysée laissait filtrer auprès de l'AFP que la franchise d'Akira Toriyama tiendrait le haut de l'affiche, citant une passion partagée lors d'un déplacement à Riyad fin 2024. Il n'en fallait pas plus pour que la présidente du conseil régional d'Île-de-France, Valérie Pécresse, ne s'emporte sur ses réseaux sociaux en affirmant que Son Goku poserait bel et bien ses valises sur l'ancien site de Mirapolis. Une communication qui laissait penser que tout était ficelé.
La douche froide venue du Japon
Seulement voilà, dans le monde impitoyable de la gestion de licences, on ne vend pas la peau de l'ours avant de l'avoir capturé. Début septembre, le géant de l'animation Toei Animation est sorti de son silence via un communiqué pour le moins limpide. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les dirigeants nippons n'étaient absolument pas au courant de ce qui se tramait dans les cabinets ministériels français.
Le studio Toei Animation précise sans détour :
Certains médias ont rapporté qu'il avait été décidé de construire un parc d'attractions Dragon Ball en France. Cependant, ni notre société ni aucun des détenteurs de droits n'a accordé de licence à ce sujet, et nous n'avons connaissance d'aucun fait de ce type.
Toei Animation a également tenu à remettre les pendules à l'heure concernant les superbes visuels d'illustrations diffusés partout sur le web. Ces derniers sont issus en réalité du projet Qiddiya City, un parc à thème bel et bien officiel et actuellement en chantier près de Riyad, en Arabie saoudite.

Des négociations complexes et des obstacles en série
Si la société financière saoudienne Qiddiya Investment Company a évoqué des pourparlers en cours avec de grands ayants droit internationaux, le calendrier a clairement été brusqué. Au Japon, la propriété intellectuelle est une affaire sacrée et les négociations prennent généralement des années. Voir des figures politiques annoncer publiquement la création d'un parc sans l'aval explicite de la Toei, de Shueisha ou de Bandai Namco a de quoi tendre sévèrement les relations diplomatiques et commerciales.
Au-delà de l'épineux problème du droit des marques, l'implantation de ce mégaprojet de trois parcs à Cergy-Pontoise suscite déjà de nombreuses interrogations sur le sol français. Entre l'incompréhension des riverains réclamant une consultation publique, les inquiétudes des élus écologistes face à l'impact environnemental d'un tel chantier, et les débats éthiques liés au financement par le fonds souverain saoudien, la route vers une inauguration s'annonce semée d'embûches. Pour l'heure, l'idée de voir un parc Dragon Ball fouler le sol français relève davantage du fantasme politique que de la réalité concrète.