Sur Steam, faire accepter un jeu destiné aux adultes relève parfois du parcours du combattant. Entre législation, règles de plateforme et exigences toujours plus complexes, la frontière entre ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas reste difficile à cerner. Mais au fond, qui fixe réellement les limites ?
La dérégulation des frontières
Tout d’abord, qu’est ce que Steam considère comme ‘jeu pour adultes’ ? La plateforme reste assez vague mais explique que les contenus violents et allant de la nudité à la pornographie peuvent rentrer dans cette case. Pas de restriction pour les jeux d’argent, le tabac ou l’alcool, non !
En théorie, n’importe quel contenu incluant ces thèmes peut être publié, mais il y a certaines règles. Il est interdit d'avoir du contenu sexuellement explicite de personnes réelles, ou impliquant des mineurs, ou de ne pas étiqueter le contenu comme “sensible”.
Côté acheteur, le site dispose tout de même de filtres et avertissements afin de protéger les mineurs ou autres utilisateurs qui ne souhaitent pas être exposés à des propositions de contenu pour adultes lorsqu’ils effectuent leurs achats.

Le processus de validation
Pour tout jeu mis à disposition sur Steam, il faut suivre un processus assez long et encore plus lorsqu’il s’agit d’un titre réservé aux adultes. En premier lieu, il faut créer une page, signer tout un ensemble de documents bancaires et administratifs de base. Il faut également régler l'équivalent de 100 dollars pour tout produit déposé. En déposant le jeu, il sera en premier lieu analysé et vérifié par Valve dans un délai de 3 à 5 jours.
Ensuite, il est impératif de remplir un questionnaire où le studio se doit d’informer Valve de tout le contenu proposé au joueur, y compris les scènes sexuellement explicites ou de violence. C’est en cochant une case ‘Adult Only Sexual Content’ que Valve et Steam considèrent le jeu suffisamment explicite pour relever de la catégorie “18+.” Il faut donc compter sur la bonne foi des développeurs, mais Valve vérifie globalement si le contenu proposé sur la page du jeu et son contenu sont accordés.

Justement, pour les jeux traitant de sujets 18+, il faut que l’entièreté du projet soit achevée lorsqu’il est uploadé, pour éviter que des petits malins changent au dernier moment quelque chose de trash non-validé par les modérateurs. Ainsi, les jeux pour adultes mettent un peu plus de temps à être validés.
En 2018, Valve avait annoncé que les décisions sur les jeux ‘Adult Only’ n’étaient pas automatisées et évoquaient laisser passer tout ce qui était légal. Les employés ne peuvent pas refuser un jeu s'ils le trouvent moralement innaceptable : tant que le contenu est légal, il peut être validé.
Mais les règles Steam impliquent aussi qu’il est interdit de publier du contenu enfreignant des juridictions qui lui sont applicables. Et c’est là que ca peut coincer pour certains pays interdisant le contenu érotique, pornographique, ou qui met en avant des relations homosexuelles.
Censeurs et obstacles pour joueurs avertis
Par exemple, l’Indonésie impose une régulation stricte sur une grande variété de thèmes dans les jeux vidéo, comme le tabac, le sang, les jeux d’argent ou la nudité.
Dans le reste du monde, plusieurs titres ont déjà connu des tollés sur leur thème, comme Rape Day par Desk Plant en 2019. Le but était d'agresser et de littéralement violer des femmes pour progresser. Suite à une pétition réunissant 6000 signatures pour interdire le jeu, Valve s’est penché plus en détail sur le cas et a choisi de ne pas publier le titre qui était en cours de validation pour le poster sur Steam.

Idem, le titre No Mercy de Zerat Games a finalement été retiré de la plateforme après une vague massive de critiques et l’intervention de collectifs comme Collective Shout, qui lutte contre les violences sexuelles sur les femmes et les filles. Le jeu traitait d’un oeil positif le thème de l’inceste, de viol et violences intrafamiliales et affirmait explicitement dans la page du jeu qu’il impliquait “du chantage”, “du sexe non-consenti” et promettait aux joueurs qu’ils seraiet “le pire cauchemar des femmes”.