Quand on repense aux cartes mémoire qui ont rythmé nos sessions de jeu à l’époque, c’est immédiatement la PlayStation qui nous vient à l’esprit. Pourtant, une autre machine mythique avait déjà tout pigé. Et c’est cette console visionnaire qui a posé les bases modernes du stockage portable
Au tout début des années 90, la plupart des machines de l'époque tournaient avec des cartouches classiques qui intégraient parfois une petite pile interne hors de prix pour conserver la progression. Puis, la transition vers le CD-ROM au milieu de la décennie a tout chamboulé : c'est là que Sony a démocratisé la fameuse « Memory Card » avec la toute première PlayStation. Mais ce que beaucoup oublient, c'est que la Neo Geo avait une longueur d'avance sur le reste du monde, dont Sony.
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L'effet Neo Geo : l'arcade directement à la maison
Contrairement aux CD-ROM qui sont arrivés plus tard, les monstrueuses cartouches de la Neo Geo disposaient d'assez de place pour intégrer n'importe quel composant de stockage. La véritable idée des ingénieurs japonais résidait dans l'interconnexion entre les bornes d'arcade en salle (le système MVS) et la console de salon (le système AES). Vous pouviez ainsi lancer une partie sur une borne d'arcade, sauvegarder vos données restantes sur une petite carte au format PCMCIA, puis la glisser dans votre console une fois rentré à la maison pour reprendre exactement là où vous vous étiez arrêté.

Pour les passionnés de jeux vidéo des années 90, cette innovation offrait une sensation de liberté inédite. Sur le plan purement technique, la carte mémoire Neo Geo ne dépassait pas les 2 Ko de capacité (ce qui fait doucement rigoler aujourd'hui), mais ce minuscule espace mémoire suffisait amplement à transférer vos sauvegardes d'un univers à l'autre. Sans même s'en rendre compte sur le moment, SNK venait d'inventer le concept de la continuité d'expérience et du jeu nomade.
Pourquoi cette Rolls-Royce des consoles a-t-elle été oubliée ?
Mais alors, comment une machine avec de telles innovations a-t-elle pu disparaître pour le grand public ? Tout vient de son prix. Surnommée à juste titre la « Rolls-Royce des consoles », la Neo Geo embarquait une architecture technique puissante, capable d'afficher au pixel près les mêmes graphismes 2D que les bornes d'arcade. Seulement voilà, la console coûtait une véritable fortune au lancement (environ 1000€ rapporté à aujourd’hui). Même le prix d'une seule cartouche de jeu dépassait souvent le tarif d'une console concurrente entière !
Malgré des pubs provoquantes, la Neo Geo sera vite oubliée

En plus de son prix, le raz-de-marée de la 3D au milieu des années 90 est venu donner le coup de grâce à la machine de SNK. Quand la PlayStation et la Nintendo 64 débarquent sur le marché, le public ne jure plus que par les polygones et la 3D, reléguant la superbe 2D de la Neo Geo au rang de technologie dépassée. Dans l'esprit collectif, c'est la PS1 qui est devenue la pionnière incontestée du stockage amovible, éclipsant alors les travaux précurseurs de SNK.
2026, l'année du juste hommage pour le mythe Neo Geo
Pourtant, en cette année 2026, il est plus que jamais temps de rendre à César ce qui appartient à SNK et de réhabiliter la mémoire de cette console visionnaire. Reconnaître l'héritage de la Neo Geo, c'est admettre qu'une petite firme japonaise spécialisée dans l'arcade avait compris avant tout le monde vers quoi l'industrie allait devoir évoluer : l'interconnexion des supports, la portabilité des données de jeu et la convergence définitive entre les salles d'arcade et nos salons.

Cette réhabilitation prend d'ailleurs une tournure particulière en ce moment, avec l'annonce du lancement de la Neo Geo AES+ prévu pour la fin de l'année. Cette nouvelle mouture moderne viendra intégrer toutes nos connectiques actuelles et elle sera livrée avec une carte mémoire physique dédiée, fidèle au look emblématique des années 90. Cette sortie tombe donc à pic pour redécouvrir le plaisir brut d'une machine qui mérite enfin, 35 ans plus tard, de retrouver sa vraie place au panthéon du jeu vidéo.