Un conflit sans précédent secoue Saber Interactive. L’ancienne scénariste Stella Sacco affirme avoir été remplacée par ChatGPT, de quoi provoquer une riposte d’une rareté inouïe du PDG Matthew Karch.
Vous n'êtes peut-être pas sans le savoir : l'industrie du jeu vidéo traverse une période d'ébullition extrême autour de l'intelligence artificielle générative, mais le clash qui vient d'éclater entre le studio Saber Interactive et l'une de ses anciennes employées franchit un nouveau cap dans la virulence. L'affaire, partie d'un simple message d'alerte sur les réseaux sociaux, s'est transformée en une guerre ouverte particulièrement violente.
Rideshare Stimulator dans une tourmente... passagère ?
La mèche a été allumée au milieu du mois d'août. L'ancienne scénariste Stella Sacco a partagé sur le réseau Bluesky avoir travaillé sur Rideshare Stimulator, un jeu de simulation de taxi édité par Saber et récemment découvert dans un trailer plutôt convaincant.
Selon ses propos, l'équipe dirigeante l'aurait écartée du projet en plein milieu de la production pour confier la rédaction des dialogues et des futurs contenus en direct à l'outil d'OpenAI. Elle dénonce également le fait que l'utilisation de l'IA et de voix générées artificiellement ne soit pas clairement indiquée sur la fiche du jeu sur Steam.
L'auteure explique que la direction voyait là un argument marketing.
C'était moi la scénariste principale sur ce projet ! Et Saber m'a remplacée par ChatGPT au milieu du développement. Toutes les voix des passagers étaient aussi issues d'une IA. Soit ils ont changé d'orientation entre-temps, soit ils ne le mentionnent pas sur Steam.
I didn’t even see this had been announced. I was lead writer on this one! And Saber replaced me with ChatGPT midway through development. All the passenger voices were AI too. Either they changed direction at some point or they’re not disclosing it on Steam
— Stella Sacco (@antlervel.vet) 2026-08-11T15:04:59.056Z
Saber Interactive n'a pas tardé à réagir par la voie d'un communiqué officiel adressé à la presse anglophone, contestant fermement l'éviction de ses équipes humaines. L'éditeur assure que l'effectif de ses scénaristes a triplé depuis 2023 et que la trame narrative principale a été intégralement rédigée par des employés en chair et en os. Toutefois, l'entreprise a concédé que le mode de jeu libre intègre par nécessité une IA générative pour créer une infinité de passagers uniques.
Une réplique sanglante de Matthew Karch
L'affaire a pris une tournure dramatique avec l'intervention directe du cofondateur et PDG de Saber. Au lieu de calmer le jeu, Matthew Karch a accordé une interview au média This Week in Videogames dans laquelle il attaque frontalement son ancienne collaboratrice. Un comportement public tout de même assez rare pour être noté.
Stella qui ? J'ai dû demander à Claude parce que je ne lui ai jamais parlé ni ne l'ai jamais vue. Nous avons déjà dit que nous utilisions l'IA pour certaines parties du jeu et nous mettrons à jour la page Steam une fois l'ensemble des fonctionnalités finalisé.
Il enfonce ensuite le clou.
Je trouve franchement avec du recul que j'aurais été heureux de la remplacer par une IA. Au moins, nous aurions eu affaire à quelqu'un de programmé pour être honnête.
Le dirigeant ajoute que Stella Sacco aurait violé une clause de confidentialité en rendant le sujet public avant l'annonce officielle du studio, précisant au passage qu'elle avait été remplacée par une personne nettement plus talentueuse selon ses termes, avant d'être licenciée pour divers motifs disciplinaires.
Paroles contre paroles
La réponse de la scénariste ne s'est pas fait attendre face à une attaque aussi personnelle. Stella Sacco a qualifié l'intervention du PDG de comportement particulièrement pitoyable, estimant que ces déclarations irréfléchies causeront bien plus de tort à la réputation de Saber Interactive qu'à sa propre carrière. Selon elle, le dirigeant a simplement perdu son calme parce que l'usage non divulgué de l'IA dans le jeu avait été révélé au grand jour. Ce qui est certain, c'est que la prise de parole incendiaire de Matthew Karch risque de laisser des traces indélébiles sur l'image du studio...