Si vous avez grandi dans les années 1990 ou 2000, vous avez peut-être déjà croisé l’une d’elles sur un marché, dans une brocante ou au fond d’un magasin d’électronique. Elles promettaient des centaines de jeux et ressemblaient à s’y méprendre aux consoles les plus populaires de leur époque.
Entre noms modifiés à une lettre près, déception sous le sapin et matériel dangereux, le business des consoles implique aussi le business des fausses consoles. C’est triste, mais ce marché n’échappe pas à la règle de l’argent facile illégal.
Les constructeurs changeaient une lettre, déplaçaient légèrement le logo et faisaient en sorte que les jeux collent le plus aux best-sellers de Nintendo, l’entreprise la plus touchée par ces copiés-collés. Ces vraies-fausses consoles portent même un nom : les Famiclones ! Une référence évidente à la première grosse console de Nintendo, la NES, contrefaite dès sa sortie en 1985 et donnant le ton pour les futures générations de consoles douteuses.
PolyStation, pour jouer à Mario sur une console Sony
Dès les années 1990, des constructeurs opportunistes découvrent le potentiel des composants matériels tombés dans le domaine public ou clonés à bas coût. Le premier cas d'école reste la NES de Nintendo. Une fois ses brevets matériels contournés grâce à l'émergence des puces intégrées dites "System-on-a-Chip", reproduire le fonctionnement d'une console 8 bits ne coûtait plus que quelques centimes. La fameuse PolyStation était née : une coque en plastique imitant la machine de Sony, mais renfermant en réalité une simple carte mère capable de faire tourner des ROMs NES gravées sur cartouche.
Boîte de la PolyStation...

Et quand on ouvrait le capot supérieur de la console, au lieu de tomber sur un lecteur de disque comme celui de la console originale, on tombait sur un port cartouche NES. Pour autant, on ne pouvait utiliser que des (fausses) cartouches NES dessus, vendues par la même entreprise.
Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises en découvrant la suite évidente de l'arnaque : la PolyStation 2, pire que la précédente.
PolyStation 2, dont le design me donne envie de souffir de cécité

L'emballage et la manette évoquent directement la vraie console de Sony à l'extérieur, mais dans la machine, la réalité était bien plus fade. De faux ports USB, des manettes d’une taille complètement ridicule. Avec la PolyStation 1, nous étions au bord du précipice, mais avec la PolyStation 2, on a fait un grand pas en avant dans le vide.
La Vii : un seul “V” pour vide.
En 2007, période de gloire de la Wii, le fabricant chinois Kensington commercialise la Vii (parfois appelée la Chintendo Vii). Elle ne proposait que ces petits jeux 16 bits aux commandes catastrophiques. Vendue aux alentours de 1280 yuans (soit environ 160 euros aujourd’hui), la machine poussait le vice jusqu’au bout et proposait une manette à détection de mouvement via capteur infrarouge (mais ne pouvait pas pointer l’écran, donc on perd tout le fun de la Wii)...
On croirait une vraie Wii hm ? Si, en moche.

On peut également retrouver plusieurs titres Wii très remixés, comme Happy Tennis, Bowling ou Fantasy Baseball plagiant Wii Sports, ou Fever Dance pour Just Dance. Mais pour la petite histoire, la Vii a connu un franc succès en Chine et dans le reste de l'Asie de l’Est, ce qui a conduit à une refonte baptisée Vii 2 (succès probablement causé par un prix dérisoire puisqu'il n'y avait pas de coût d'exportation...).
L’attaque des clones
Il y en a eu d’autres, comme la Treamcast : qui n’était pas une fausse console en soi, mais elle contenait quelques véritables composants de Dreamcast (ce qui enfreignait les droits d’auteur de SEGA.) Imaginez une Dreamcast portable avec de fausses coques de console, un écran LCD et des manettes inspirées de la Saturn. Cela était…nouveau, mais absolument pas cohérent ou innovant. Sa production a rapidement cessé à la suite de poursuites intentées par SEGA.
En vrai...j'ai envie d'y jouer

Certains exemplaires se sont vendus par millions mais ne comprenaient pas les jeux espérés et buggaient au bout de 10 secondes, puis finissaient à la benne. Mais peu importe pour les marchands qui jubilaient : leur produit s’était vendu, et c’est tout ce qui importait.
Dans de nombreux pays occidentaux, posséder une console de salon était quasi la norme (on estime que 30% des foyers américains et 40% des foyers Japonais possédaient une NES en 1990 (Computer Gaming World, 1990), tandis que dans les pays en développement, s’en procurer et pouvoir se la payer était plus compliqué (et le réseau de distribution de console moindre). Forcément que pour faire plaisir à leurs enfants, les acheteurs peu familiers avec les marques se tournaient vers les alternatives moins chères.
Elles se sont multipliées dans ces régions pour plusieurs raisons combinées : le coût de fabrication faible était plus adapté au budget des populations, les douanes étaient limitées, les lois concernant la propriété intellectuelle étaient plus souples, ou simplement une absence des consoles officielles pour des raisons économiques ou politiques.
Chaque région (voire pays) pouvait avoir sa version, vendue officiellement ou passée sous le manteau. Et ce n’est pas parce que ce sont des contrefaçons qu’elles n’ont pas connu de succès, loin de là !
La "Family", concurrente de la NES en Amérique Latine (et populaire au Costa Rica

Dans plusieurs régions du monde, comme l’Afrique, l’Amérique Latine ou la Russie, ces machines ont parfois été plus répandues que les originales. Par exemple, la "Dendy", en Union Soviétique a connu un bon succès avec 6 millions d’unités vendues ! Certaines consoles comme la Micro Genius ont même été importées en Corée du Nord, comme le prouve cette photo prise en 2008 dans un centre pour enfants.
Ce marché noir fascine encore les fans de rétrogaming ou des collectionneurs, qui au delà de posséder toutes les variantes d’une console, s’arrachent les variantes…de contrefaçons.