Retour sur le lancement chaotique de Final Fantasy VIII par Square en 1998 : une projection ratée et des moments de malaise en direct

Titre original : Quand Square a dévoilé Final Fantasy 8, ils se sont tapés la honte pendant 7 minutes : « S'il vous plaît, ne filmez pas »

Une archive inédite de l’E3 1998 refait surface grâce à la Video Game History Foundation. On y découvre la toute première présentation américaine de Final Fantasy VIII, marquée par sept longues minutes de dysfonctionnements techniques, des micros coupés et des dirigeants en plein désarroi.

Les conférences de presse de l'industrie du jeu vidéo ressemblent désormais à des grands shows télévisés réglés au millimètre près, où chaque bande-annonce est diffusée avec une précision d'horloger. Il fut pourtant une époque où ces rassemblements tenaient davantage de la réunion d'affaires improvisée dans une salle de banquet moquettée. C'est le savoureux rappel que nous offre une cassette vidéo récemment numérisée et publiée par la Video Game History Foundation. En mai 1998, la firme japonaise Square s'apprête à dévoiler pour la toute première fois Final Fantasy VIII au public américain, portée par l'immense succès commercial de son prédécesseur. Seulement voilà : en coulisses, la technique en a décidé autrement.

Une alliance stratégique et une consigne vite ignorée

Le contexte était pourtant crucial pour l'éditeur nippon. Désireuse d'imposer durablement ses jeux de rôle sur le territoire nord-américain où le genre demeurait de niche, la société s'était associée au géant américain Electronic Arts afin de créer une structure commune baptisée Square Electronic Arts. Cette alliance visait à propulser des titres majeurs sur PlayStation, avec en ligne de mire trois projets phares destinés à marquer l'année 1998.

L'ambiance dans la salle de presse était particulièrement feutrée. Installés derrière une simple table nappée, les dirigeants des deux entreprises enchaînent les explications financières et logistiques devant une poignée de journalistes. Avant d'amorcer le plat de résistance, un représentant de Square prend la parole et formule une requête explicite : il demande poliment à l'assistance d'éteindre les caméras et de ne pas enregistrer la séquence vidéo sur le point d'être projetée. C'était sans compter sur la détermination d'Anthony Parisi, un participant armé de son caméscope. En ignorant scrupuleusement la consigne, cet homme a immortalisé ce qui reste aujourd'hui la seule trace vidéo connue du lancement américain du jeu.

Quand Square a dévoilé Final Fantasy 8, ils se sont tapés la honte pendant 7 minutes : « S'il vous plaît, ne filmez pas »

Sept minutes de meublage et de solitude intense

La projection s'est rapidement transformée en un véritable chemin de croix. Alors que l'assemblée retient son souffle pour découvrir les premières images de Squall Leonhart, l'écran de projection reste désespérément blanc. Le signal audio du trailer se fait bien entendre à plusieurs reprises dans les haut-parleurs, mais l'image refuse catégoriquement de s'afficher. Face au malaise grandissant, les cadres de Square et d'EA se voient contraints d'improviser une session de questions-réponses pour meubler l'attente.

L'enchaînement des pépins techniques a poussé le ridicule à son paroxysme. Alors que l'équipe s'efforce de répondre aux interrogations de la salle pour faire patienter les journalistes, les microphones finissent eux aussi par couper subitement. Après plus de sept minutes d'incertitude et de rires nerveux (sans compter les coupes visibles dans le montage vidéo), la lumière s'éteint enfin dans la pièce. C'est le moment choisi par l'appareil pour lancer le trailer... mais cette fois-ci sans le moindre son. Il aura fallu un ultime ajustement pour que le public puisse enfin découvrir la minute de cinématique en images de synthèse qui allait émerveiller toute une génération.

L'ironie des beaux discours de l'époque

Ce document historique ne vaut pas seulement pour ses ratés techniques hilarants. En réécoutant les interventions des représentants d'EA et de Square avec le recul de près de trois décennies, certaines déclarations prennent une résonance bien particulière. Comme le soulignait récemment le journaliste Dustin Bailey dans les colonnes de GamesRadar+, les dirigeants de l'époque n'hésitaient pas à défendre des visions stratégiques étonnamment idéalistes.

Les mots prononcés durant cette conférence font aujourd'hui sourire poliment les observateurs de l'industrie. Interrogé sur les motivations de ce rapprochement entre les deux géants du secteur, John Riccitiello, alors président d'Electronic Arts, affirmait sans détour :

Contrairement à de nombreuses coentreprises, celle-ci va réellement créer des emplois, plutôt que d'en supprimer dans l'industrie. Il ne s'agit pas d'une recherche d'efficacité, mais d'efficacité opérationnelle. Cela va développer cette industrie et faire croître les activités de Square et d'EA.