L'échec retentissant de l'Apple Pippin : la tentative avortée d'Apple dans le monde des consoles de jeu

Titre original : Conçue par Apple, cette console de jeu est un des plus grands échecs de l'histoire

En 1996, Apple rêvait déjà de conquérir le salon des joueurs. Bien avant l’iPhone ou l’iPad, la firme à la pomme s’est lancée dans un projet aussi ambitieux qu’inattendu : une console capable de remplacer l’ordinateur familial. L’histoire n’a malheureusement pas tourné comme prévu.

On ne peut pas gagner à tous les coups. Et ça s'applique aussi à Apple. L’une des plus grosses entreprises du monde et acteur majeur des GAFAM n’a pas toujours tout réussi dans son histoire, vieille de plus de cinquante ans.

Le couteau suisse d’Apple

Retour en 1994. A l’époque, Apple cherchait à se diversifier et à se moderniser. L’entreprise a voulu tirer son épingle du jeu en sortant elle aussi une grosse console populaire comme pouvaient le faire Sega ou Nintendo. Bandai, intéressé par le projet, s’est donc associé avec la grosse pomme pour créer l’Apple Pippin (rien à voir avec l’acolyte de Merry, non.) Elle s’appelait ainsi car il fut un temps où Apple nommait encore ses produits comme des variétés du fruit éponyme (comme la pomme McIntosh).

Bandai et Apple avaient comme objectif de créer une plateforme ultra-complète pour salon : lire des CD-Rom, utiliser Internet, faire tourner des jeux console…Avec un modem intégré à la machine et une grande mémoire, le projet était ambitieux. La console était pour ainsi dire un véritable mic-mac technologique. Son système d’exploitation était le même que celui des MacIntosh, tout en voulant se vendre comme une console. On pouvait même brancher un clavier et une souris !

La version standard de la Pipp!n

Conçue par Apple, cette console de jeu est un des plus grands échecs de l'histoire

Enfin bref, on se doute qu’avec autant d'arguments différents (et un peu trop en avance sur leur temps), les soucis ne vont pas tarder à arriver. La "Pippin" est sortie sur le marché japonais puis américain au cours de l'année 1996.


Un pépin dans le rouage

Oui, mais à force de vouloir trop s’étaler… il n’y a plus assez de beurre sur la tartine. Comparé à d’autres consoles comme la Saturn ou la Nintendo 64, le prix de lancement de la Pippin était bien trop élevé : 600 dollars sur l’étiquette, soient 1100 euros actuels. Tout de suite, ça refroidit plus d’un consommateur potentiel, qui se tournait donc vers une Nintendo 64, à 300 dollars de moins.

Ainsi, les gros studios de jeux ne se sont pas tournés vers le marché de la Pippin, et la réaction en chaîne a fait le reste. Pas de jeux intéressants, pas d’acheteurs, et ainsi de suite. Son catalogue de jeux ne s’est donc limité qu’à une quarantaine de titres, surtout des jeux Bandai ou éducatifs qui tournaient sur CD-Rom… sans aucune exclusivité marquante. Pas de quoi rivaliser avec l’immense catalogue PlayStation ou les autres mastodontes de l’époque.

'''Les critiques de l'époque affirmaient que Bandai manquait de cohérence''' avec les producteurs de jeu, tandis qu’Apple n’était pas assez dévoué au projet en y plaçant trop peu d’employés. Et plus globalement, le mélange ordinateur/console n'a jamais été logique : les joueurs console achetaient des consoles, et vice-versa pour les joueurs PC.

Seuls 42 000 exemplaires dans le monde ont été vendus en quelques mois. A l’époque, Steve Jobs ne faisait plus partie de l’entreprise phare. A son retour dans la société en 1997, il a coupé totalement la production et distribution de la console (pour ne pas dire, achevé ses souffrances). Apple sera leader du marché des ordinateurs seulement, et c’est très bien comme ça.

Cet échec si retentissant a trouvé tout de même '''une lumière dans les bas-fonds des consoles : un joli socle au Musée de l'Echec''' dont l’exposition traverse la planète (et est actuellement au Musée des Arts et Métiers de Paris !)

RT si c'est triste

Conçue par Apple, cette console de jeu est un des plus grands échecs de l'histoire

Cela aura au moins servi d’exemple. Peut-être qu’en 1996, le marché n’était pas prêt pour ce genre de fantaisies. Heureusement la WayBack Machine a conservé le site de la Pippin pour notre plus grand plaisir.

Mais le prix de certains modèles, rarissimes aujourd’hui, s’envole de nos jours aux enchères, avec un prototype Pippin récemment vendu pour 4 000$. Alors qu’à son retrait du marché, 100$ et quelques cents nous suffisaient pour en trouver un modèle (et des jeux compris) entre des particuliers qui cherchaient absolument à se débarrasser de cette console peu intéressante.

Ainsi, l’Apple Pippin réussit à merveille le combo échec total en tant que console ET en tant qu’ordinateur. Tant pis : il y a les souvenirs de cette console qui n’en a que le nom via la page Facebook sans doute tenue par un irréductible fan.