Alors que Nintendo multiplie les remakes et dépoussière ses plus grandes légendes, Shigeru Miyamoto rompt le silence. Le créateur de Mario assume pleinement cette politique nostalgique et remet en question la mémoire des joueurs face à la presse japonaise.
Quand on jette un œil au calendrier des sorties récentes et à venir chez Nintendo, une curieuse impression de déjà-vu s'installe. Entre le retour remarqué de Star Fox et les attentes fiévreuses autour de The Legend of Zelda : Ocarina of Time, le géant nippon semble parfois pris dans une boucle temporelle tout droit sortie des années 90. La firme de Kyoto manquerait-elle d'audace créative au point de transformer ses consoles en usines à nostalgie ? Interrogé sur la question par le célèbre magazine japonais Famitsu, le papa de Mario, Shigeru Miyamoto, a tenu à recadrer le débat.
Un renouvellement générationnel assumé sans détour
L'industrie du jeu vidéo évolue à un rythme effréné. Dans les colonnes du magazine nippon, relayées par nos confrères de GamesRadar, Shigeru Miyamoto a abordé la hausse du nombre de remakes au sein du catalogue du constructeur. D'après le créateur japonais, le grand public oublierait bien plus rapidement les œuvres du passé que ne s'en doutent les joueurs chevronnés. Il estime ainsi que la durée de vie de l'intérêt d'un joueur moyen pour un titre ne dépasse guère cinq ans.

Shigeru Miyamoto affirme :
Certains diront qu'il y a beaucoup de remakes, mais au bout de cinq ans, beaucoup de gens sont passés à autre chose et ne jouent plus à ces jeux. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont pas l'occasion d'essayer des jeux sortis il y a dix ans. C'est pourquoi les remanier pour les rendre plus jouables et les ressortir constitue un bon moyen de répondre à la demande.
L'écosystème des joueurs se renouvelle sans cesse, et chaque nouvelle génération de consoles voit débarquer un public n'ayant jamais posé les mains sur une Nintendo 64 ou une GameCube. Pour le dirigeant japonais, moderniser un chef-d'œuvre ne relève donc pas d'une simple paresse intellectuelle, mais d'une obligation pour maintenir vivant un patrimoine auprès de ceux qui ne possèdent plus les machines d'époque.
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Un pragmatisme commercial qui divise la communauté
La pilule a parfois du mal à passer auprès des passionnés. Même si la démonstration économique paraît solide, plusieurs observateurs pointent du doigt la contradiction majeure de cette posture. En fermant progressivement les boutiques en ligne et les services de ses anciennes consoles comme la 3DS ou la Wii U, Nintendo restreint lui-même l'accès officiel à ses titres classiques, poussant les joueurs vers la case remake.
Le malaise s'étend jusque chez les anciens de la maison. Dans une émission consacrée au sujet, Kit Ellis et Krysta Yang, anciens responsables du marketing chez Nintendo, ont partagé leurs inquiétudes face à cette dépendance croissante aux gloires du passé.
Krysta Yang soulignait ainsi les risques d'une telle orientation :
Ce serait vraiment triste qu'une entreprise aussi créative que Nintendo enterre sa capacité d'innovation parce qu'elle a trop peur de prendre des risques.
Shigeru Miyamoto soutient de son côté que raviver une franchise oubliée offre le terreau parfait pour préparer de futurs volets inédits.