Mise à jour 1.4 de Le Mans Ultimate : Une évolution risquée qui transforme le simulateur en "jeu de riche" ?

Titre original : Ça devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcher

Payer pour effacer ses propres erreurs de pilotage, il fallait oser. La mise à jour 1.4 de Le Mans Ultimate réserve aux abonnés une carte qui gomme les mauvaises courses, et transforme la simulation qu’on adorait en machine à sortir la carte bleue.

Un mot sur ce qui fait la personnalité de ce simulateur. Le Mans Ultimate vit dans le cadre de l'ACO, l'organisateur des 24 Heures du Mans. On y roule en Hypercar, en LMP2, en LMGT3, mais on reste dans cet univers. À côté, un iRacing ouvre un catalogue autrement plus large, plus de voitures, plus de circuits, tous horizons confondus. Ce cadre resserré, c'était la force de LMU. Son identité. Mais aussi sa limite.

Ça devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcher

Avec les tracés américains, on voit poindre un début d'ouverture. J'en ai fait tout un papier récemment, en montrant que ce pack ne suit aucun championnat mais une logique de coût. D'ailleurs, si Laguna Seca entre alors qu'il n'a jamais couru sous licence ACO, je vois mal ce qui disqualifierait encore la boucle nord du Nürburgring, mais c'est un débat que j'ai déjà tranché dans ce même papier. De quoi se prendre à espérer, en tout cas. Et visuellement, il y a quelque chose. Sur les premières images, textures, détails et éclairage frappent par leur finesse. Je ne sais pas d'où partent ces circuits ni ce qui a été réutilisé, mais le rendu, lui, se voit. Et il est loin d'être fade.

Ça devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcherÇa devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcherÇa devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcher

Car malgré ses contraintes, LMU tenait bon. L'audience suit, et une bonne partie des pilotes pros de la discipline sont passés dessus. Et c'est justement ça qui me fait peur. J'ai la crainte que ces choix de monétisation sabotent une partie du travail accompli. Parce qu'à force de tout faire passer par l'abonnement et ses paliers de prix, LMU commence à ressembler à ce qu'on reproche à iRacing. Un jeu de riche.

Une carte bleue pour gommer ses erreurs ?

Ce glissement vers le portefeuille a déjà un nom, l'Event Joker. Pour comprendre pourquoi il agace, il faut piger deux notes qui régissent la vie en ligne. Le driver rank, le niveau de pilote. Le safety rating, la note qui juge la propreté en piste. Un gros carton, une sortie de piste bête, et ces deux jauges dégringolent. La sanction est la même pour tout le monde, du moins jusqu'ici.

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L'Event Joker rebat les cartes. Il efface les dégâts d'une course ratée sur ces deux notes. On en gagne un toutes les dix courses, on peut en stocker trois, et ça ne marche qu'en solo. La course compte toujours au championnat, seul le mal fait au classement s'évapore.

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Le hic tient en un mot. Ce joker est réservé aux abonnés payants, RaceControl Pro et Pro+. Celui qui banque s'offre une assurance contre ses propres galères. Moi qui ne compte pas prendre l'abonnement, je n'aurai jamais cette option. Le joueur gratuit encaisse. Sans filet.

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Et je ne suis pas le seul à tiquer. Le média spécialisé OverTake pointe que le système compliquerait la vie des joueurs sans abonnement pour tenir un bon classement ou sortir des rangs inférieurs, au point que l'égalité de traitement au classement ne serait plus tout à fait assurée. Le même média soulève un risque plus pervers encore. Un pilote qui se sait capable de gommer un contact pourrait être tenté de lever le pied sur la prudence dans les moments chauds. Payer pour rouler moins proprement, le paradoxe serait savoureux pour un jeu qui passe son temps à vouloir assainir ses courses. Et dans les premiers retours sous l'annonce, le ton est déjà donné. Plusieurs joueurs parlent sans détour de pay to win. Mais l'addition ne s'arrête pas au joker.

Un jeu déjà payant où il faut repasser à la caisse ?

Les abonnés récupèrent aussi les serveurs Practice+, des sessions d'entrainement rallongées, quand les autres restent sur le format court. Encore du confort planqué derrière le péage.

Et il y a le morceau qui fait le plus jaser. Le pack de circuits américains, facturé à part.

  • 19,99 dollars le pack de deux tracés, Daytona et Laguna Seca en ouverture
  • 44,99 dollars le pass complet de six circuits, soit 25 % d'économie par rapport aux trois packs pris séparément
  • 10 % de remise de lancement en plus, la première semaine seulement
Ça devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcher

Le détail qui pique, les abonnés Pro et Pro+ récupèrent ces circuits sans un centime de plus tant qu'ils gardent leur abonnement. Le mécanisme saute aux yeux. Tout, absolument tout, pousse vers la case abonnement. Ce n'est pas le fait de faire payer du contenu qui me dérange, un studio doit vivre. C'est cette architecture qui fait de l'abonnement un passage quasi obligé pour rouler l'esprit léger. Reste que la monétisation n'est pas le seul chantier ouvert par cette 1.4.

Le système de protest peut-il tenir ses promesses ?

Car tout n'est pas affaire de portefeuille ici, et il faut le reconnaitre. Le système de protest, celui qui permet de signaler un pilote qui vous a expédié dans le mur, croulait jusqu'ici sous sa propre lourdeur. Le studio avoue traiter environ 700 réclamations par jour, cinq minutes chacune. Intenable, et il l'admet sans détour.

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La méthode change du tout au tout. La réclamation se dépose désormais depuis le replay. On pointe le moment exact, le pilote concerné, on ajoute ses notes, et le commissaire tranche avec la vidéo déjà sous les yeux. Plus rapide, mieux informé. Le genre d'outil de bon sens qui manquait cruellement.

Mais il est bon de noter que seuls les crashs volontaires sont contestables hors championnat, les accrochages involontaires partent directement à la corbeille. Et le nombre de signalements est plafonné, trois par mois, avec un crédit rendu pour chaque réclamation jugée fondée. C'est le seul endroit où je reste circonspect. Le studio chiffre lui-même l'ampleur du problème, plus de 4500 bans temporaires distribués depuis la 1.3. Trois protests mensuels face à un fléau reconnu aussi massif, la marge paraît courte. Reste que cette refonte en ligne repose sur une fondation invisible, et c'est elle que le studio a choisi de reconstruire de zéro.

Refondre le netcode, le vrai pari risqué ?

Sous le capot, le studio met les mains dans une pièce ultra sensible. Le netcode. Derrière ce mot barbare se cache la tuyauterie qui fait dialoguer les voitures entre elles, celle qui décide si un contact roue contre roue passe crème ou vire au carambolage. Et ce netcode, justement, comptait parmi les points forts reconnus du jeu.

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Là, le studio remplace toute la couche réseau par un système maison baptisé RaceOS et change sa méthode de transmission des données. L'objectif affiché est louable, plus de fiabilité sur la durée. Sauf qu'il prévient lui-même que les premières semaines pourraient tousser, avec une période de maintenance prolongée dès la sortie. Quand on a piloté en ligne, on sait ce que ça veut dire. Sur un jeu où le classement se joue au centième, un netcode qui déraille en pleine course, c'est le cauchemar collectif. J'espère me tromper. Mais toucher à ce qui marche, ça ne m'a jamais rassuré. Ce serait injuste, pourtant, de résumer la 1.4 à ses fausses notes.

Cette 1.4 a-t-elle aussi du bon ?

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Alors soyons honnêtes deux minutes. Si depuis le début de cet article je tire à balles réelles, il faut aussi avouer qu'il y a de bonnes choses dans cette mise à jour. Heureusement, d'ailleurs.

  • Les lâches de la déconnexion, ceux qui quittaient brutalement pour éviter les pénalités, traineront désormais leurs sanctions et leurs dégâts. Fini l'échappatoire
  • Les Alpine et Cadillac passent gratuitement à leur configuration de la saison en cours, avec leurs dernières évolutions
  • Le modèle thermique des freins est revu pour coller au plus près du comportement réel

Donc oui, cette 1.4 apporte son lot de surprises sympas et bienvenues. Mais reste alors la vraie question, celle qui décidera de rester au volant ou de tout débrancher :

Faut-il fuir Le Mans Ultimate pour autant ?

La 1.4 n'est pas encore entre mes mains, et condamner ce qu'on n'a pas essayé serait malhonnête. Le contenu gratuit est bien là. Les corrections sur les tricheurs de la déconnexion, je les applaudis des deux mains. Et non, personne n'est obligé de souscrire un abonnement pour rouler. Tout le monde ne partage d'ailleurs pas mon agacement. Certains joueurs défendent des tarifs qu'ils jugent encore raisonnables face à un iRacing autrement plus gourmand, et se réjouissent que l'abonnement gagne enfin des fonctions attendues. Le débat n'est pas tranché, il divise, et c'est bien là le problème. Une mise à jour qui rassemblait aurait fait consensus. Celle-ci creuse une ligne de fracture.

Ça devient un jeu de riche ! Ce jeu de course était presque parfait, mais sa mise à jour 1.4 pourrait tout gâcher

Reste que la direction me chiffonne. En transformant des mécaniques de classement en avantages payants, et en collant un pack de circuits au tarif costaud sur un jeu déjà vendu plein pot, Le Mans Ultimate glisse vers un modèle à deux vitesses. D'un côté ceux qui paient et roulent sereins. De l'autre ceux qui trinquent. Pour une simulation qui frôlait l'excellence, la voir devenir un jeu de riche, ça me ferait mal. Vraiment.