Affaire Nintendo : Les joueurs réclament justice après des hausses de prix liées aux droits de douane illégaux

Titre original : Accusé de faire payer deux fois les joueurs, Nintendo contre-attaque en justice

Les droits de douane imposés par Donald Trump n’en finissent pas de faire parler d’eux, et ce, même après leur disparition en février dernier. L’un des bénéficiaires de leur remboursement est aujourd’hui au cœur d’un nouveau conflit : dans la famille des géants du jeu vidéo, je demande Nintendo. Une fois n’est pas coutume, le constructeur japonais se retrouve au cœur d’une bataille judiciaire, cette fois, en opposition à certains de ses clients.

Lorsque les prix des jeux ou des consoles augmentent, les joueurs pointent souvent du doigt les éditeurs. Mais cette fois, le débat dépasse largement l’industrie vidéoludique. À l’origine de l’affaire : les tariffs, des droits de douane instaurés par Donald Trump en 2025 sur de nombreux produits importés aux États-Unis.

Le principe est simple : lorsqu’une entreprise importe un produit fabriqué à l’étranger, elle doit payer une taxe supplémentaire à l'État américain, et bien souvent, une partie de ces coûts est répercutée sur les consommateurs via une hausse des prix. Nintendo n’a pas échappé à la règle. Mais… plot twist. La Cour Suprême, plus haute juridiction du pays, se saisit de l’affaire. Les tariffs sont jugés illégaux. Nintendo est remboursé. Les joueurs sont remb… Ah. Non.

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Acte I : "Le jeu est commencé"

Tout commence au printemps 2025. L'administration Trump met en place de nouveaux droits de douane afin d'encourager la production sur le territoire américain et de réduire la dépendance aux importations, notamment en provenance d'Asie. Comme une grande partie des consoles et accessoires Nintendo sont fabriqués à l'étranger, le constructeur se retrouve directement concerné.

Plutôt que d'absorber entièrement ce surcoût, Nintendo augmente progressivement le prix de plusieurs accessoires de la Switch 2, puis de la Nintendo Switch originale. Une décision loin d'être isolée : selon plusieurs enquêtes menées auprès de l'industrie, les droits de douane ont touché une grande partie du secteur du jeu vidéo, des fabricants de consoles aux éditeurs et distributeurs. .

Accusé de faire payer deux fois les joueurs, Nintendo contre-attaque en justice

Puis, contre toute attente, l'affaire connait un rebondissement majeur : près d'un an après leur mise en place, la Cour Suprême juge que ces droits de douane avaient été mis en place illégalement. Cette décision ouvre la voie à des demandes de remboursement des sommes versées par les entreprises concernées. Quelques semaines plus tard, Nintendo engage une procédure contre le gouvernement américain afin d'obtenir le remboursement des taxes qu'il a payées sur ses importations.

Or, cela n'est ni tombé dans l'oreille d'un sourd ou l'oeil d'un aveugle. Deux nouveaux protagonistes entrent en scène : les joueurs Gregory Hoffert et Prashant Sharan. Leur revendication ? "Rends l'argent".

La chronologie de l'affaire
  • Début avril 2025 : l'administration Trump instaure de nouveaux droits de douane sur les importations.
  • Avril à août 2025 : Nintendo augmente progressivement le prix de plusieurs accessoires Switch 2, puis de la Nintendo Switch.
  • 20 février 2026 : la Cour Suprême américaine juge que ces droits de douane ont été mis en place illégalement.
  • 6 mars 2026 : Nintendo poursuit le gouvernement américain afin d'obtenir le remboursement des taxes qu'il a payées.
  • 20 avril 2026 : les autorités américaines lancent la procédure de remboursement des entreprises concernées.
  • 21 avril 2026 : Quelques semaines plus tard : deux joueurs américains, Gregory Hoffert et Prashant Sharan, déposent action collective (« class action »), contre Nintendo. Cette procédure permet à un ou plusieurs consommateurs de représenter devant la justice toutes les personnes estimant avoir subi le même préjudice.
  • Juillet 2026 : Nintendo demande officiellement au tribunal de rejeter cette plainte.

Acte II : "Double, double, peine et trouble"

Pour les deux plaignants, le raisonnement est simple. Ils estiment avoir payé une première fois lorsque Nintendo a augmenté le prix de certains produits afin de compenser les droits de douane. Mais ils considèrent également avoir payé une seconde fois en tant que contribuables américains, puisque le remboursement accordé aux entreprises provient des finances publiques.

Selon eux, si Nintendo récupère l'argent versé au gouvernement tout en conservant les hausses de prix appliquées aux consommateurs, l'entreprise serait indemnisée deux fois pour une même dépense. Ils réclament donc que cet éventuel remboursement bénéficie également aux acheteurs concernés. Une interprétation que rejette totalement Nintendo :

Le dénominateur commun des prétentions des plaignants est qu'il serait prétendument "inéquitable" que Nintendo n'ait pas revu rétroactivement les prix de ventes déjà réalisées après l'issue de la procédure relative aux droits de douane. Or, les transactions commerciales ne fonctionnent pas de cette manière. - Nintendo, via IGN.

Accusé de faire payer deux fois les joueurs, Nintendo contre-attaque en justice

Dans sa réponse déposée devant le tribunal en juillet 2026, l'entreprise affirme qu'aucune loi ne l'oblige à reverser un éventuel remboursement à ses clients. Elle soutient également que les joueurs ne peuvent démontrer aucun préjudice juridique direct et demande donc le rejet pur et simple de l'action collective. Le constructeur rappelle enfin que les prix de vente résultent de nombreux facteurs économiques, et non des seuls droits de douane.

En d'autres termes, Nintendo estime que le remboursement éventuel des taxes concerne uniquement la relation entre l'entreprise et le gouvernement américain, pas celle entre le constructeur et ses consommateurs. Le tribunal devra désormais déterminer laquelle de ces deux visions l'emporte.