“Nos ancêtres les Gaulois.” Cette expression évoque aussitôt des guerriers moustachus, des casques ailés, des huttes, des sangliers et de grands banquets. Cet imaginaire doit surtout à la fiction. Les vêtements colorés, la chasse et les équipements fantaisistes popularisés par la bande dessinée ne correspondent que très partiellement aux connaissances archéologiques. La réalité des sociétés gauloises était bien plus complexe.
Thibault Hycarius est un vidéaste et médiateur culturel français spécialisé dans l’histoire vivante et matérielle. Après des études d’histoire, il lance en 2018 la chaîne YouTube Histoire Appliquée. Son objectif : rendre le passé concret grâce à l’expérimentation, aux reconstitutions, à l’artisanat et à l’analyse d’œuvres populaires. Il décrypte notamment le réalisme historique de films, séries et jeux vidéo, tout en démontant les clichés sur l’Antiquité et le Moyen Âge. Présent sur Twitch, il anime aussi Histoire de réviser, un programme pédagogique de Lumni.
Astérix, une fiction devenue référence culturelle
Créé par René Goscinny et Albert Uderzo, Astérix apparaît en 1959 dans le magazine Pilote. La série suit un petit guerrier rusé et son ami Obélix, doté d’une force extraordinaire depuis qu’il est tombé dans la potion magique du druide Panoramix. Dans leur village d’Armorique, les habitants résistent encore et toujours à l’envahisseur romain, avant de terminer leurs aventures autour d’un grand banquet. Avec ses jeux de mots, ses anachronismes et ses caricatures, Astérix n’a jamais prétendu être un documentaire historique. Mais son immense succès a profondément façonné la vision populaire de la Gaule.

Sangliers et casques ailés : des clichés tenaces
Les populations gauloises ne formaient pas un peuple uniforme. Elles vivaient dans des fermes, des villages, des bourgs et des villes fortifiées, commerçaient sur de longues distances et maîtrisaient notamment le travail du métal. Même le célèbre sanglier d’Obélix relève en grande partie du cliché. Les fouilles montrent que la viande consommée provenait surtout de l’élevage : bœufs, porcs, moutons ou chèvres. La chasse existait, mais le gibier occupait généralement une place moins importante dans l’alimentation. Enfin, les casques gaulois pouvaient être très élaborés, sans ressembler systématiquement aux modèles ailés de la culture populaire.

Certains Gaulois mangeaient du chien
La découverte la plus déroutante concerne toutefois les chiens. Aujourd’hui considérés avant tout comme des animaux de compagnie, ils pouvaient avoir plusieurs fonctions dans les sociétés gauloises. Des études archéozoologiques font état d’ossements portant des traces de découpe. Ces marques montrent que certains chiens ont été dépecés et préparés selon des gestes proches de ceux employés pour d’autres animaux consommés. Cela ne signifie pas que tous les Gaulois mangeaient régulièrement du chien. Les restes concernés sont souvent peu nombreux et leur présence varie selon les lieux et les périodes. Cette consommation semble donc avoir été occasionnelle ou réservée à certains contextes.

De compagnon à matière première
Le chien pouvait également fournir certaines matières premières. Des recherches menées à Villeneuve-Saint-Germain ont révélé des traces de pelleterie, indiquant que sa peau était parfois retirée et utilisée. Certaines hypothèses avancent que ce cuir résistant aurait pu servir à fabriquer des objets techniques, notamment des poches de soufflets destinées à alimenter les foyers des forges. Cette utilisation précise reste néanmoins difficile à prouver, car le cuir se conserve rarement. Loin de l’image d’Idéfix, le chien gaulois pouvait ainsi être compagnon, auxiliaire, ressource alimentaire ou source de cuir. Une réalité bien plus nuancée que celle d’Astérix, et sans doute de quoi bousculer vos souvenirs d’enfance.