L’absence prolongée de cette licence mythique de Nintendo interroge les fans. Celle-ci a en plus largement contribué à redéfinir les standards techniques de son genre dès le lancement de son premier épisode. Retour sur l’évolution d’une trajectoire commerciale et éditoriale devenue incertaine.
Aujourd'hui, quand on pense "course" chez Big N, on crie tous en chœur "Mario Kart !". C’est normal, la série squatte les tops des ventes depuis des décennies et rassemble toutes les générations. Mais c’est oublier un peu vite qu’avant Mario, la firme de Kyoto misait sur une tout autre ambiance : celle de la vitesse pure et du bitume futuriste.
F-Zero, c’était la vitrine technologique et surtout le terrain de jeu du cultissime Captain Falcon. Pourtant, au fil des années, cette formule s'est fait totalement grignoter par le plombier moustachu. Une descente aux enfers silencieuse, orchestrée par son propre créateur qui a préféré la rentabilité immédiate à la fureur du salon de l'auto de l'an 2560.
Voir la Nintendo Switch 2 sur Amazon
1990 : La claque du Mode 7 et du futur à fond la caisse
Nous sommes en novembre 1990 au Japon. La Super Nintendo débarque et avec elle, un jeu de course futuriste qui va traumatiser tout le monde : F-Zero. Dès les premières secondes, l'effet visuel est dingue pour l'époque. Nintendo utilise une astuce technique révolutionnaire : le Mode 7. En gros, la console fait pivoter et zoomer une image plate pour donner une impression de profondeur en 3D de malade. Les joueurs, habitués aux décors qui défilent sagement en 2D, n’en reviennent pas.

Mais le jeu ne mise pas tout sur sa technique de pointe. Côté gameplay, c’est une révolution totale pour le genre de la course de l'époque. Fini les petites voitures de sport classiques, place à des machines antigravité qui filent à plus de 400 km/h sur des circuits suspendus au-dessus de métropoles futuristes géantes. Le titre impose un style unique basé sur des bandes d'accélération, des sauts vertigineux et une jauge d'énergie qui sert aussi bien de bouclier que de boost de vitesse.
Pour couronner le tout, le jeu pose les bases d'un univers hyper marquant, porté par une bande-son rock-synthé absolument mémorable. On découvre quatre bolides mythiques, dont le fameux Blue Falcon piloté par le chasseur de primes mystérieux Captain Falcon. Ce premier opus se vend à 2.85 millions d'exemplaires dans le monde et devient instantanément un pilier de la console. À ce moment-là, F-Zero est le roi incontesté de la vitesse, et rien ne semble pouvoir l'arrêter dans sa trajectoire stellaire.

L'ombre du plombier moustachu et le début du surplace
Et puis, le drame arrive en 1992, à peine deux ans plus tard. Nintendo sort Super Mario Kart sur la même console. Au départ, l'ambition semble différente : c'est un jeu plus convivial, basé sur la licence ultra-populaire de Mario. Sauf que le public bascule massivement du côté du plombier. Plus accessible, jouable à deux en écran séparé, ce que le premier F-Zero ne permettait pas, Mario Kart invente le "party game" de course et commence doucement à piquer toute la lumière.

Pourtant, Nintendo n'abandonne pas tout de suite son bolide futuriste et tente de répliquer avec des suites monumentales. En 1998, F-Zero X débarque sur Nintendo 64 avec une fluidité hallucinante à 60 images par seconde et 30 vaisseaux en piste. Quelques années plus tard, en 2003, c’est la claque F-Zero GX sur GameCube, développé par Sega. Ce jeu est un chef-d'œuvre de nervosité, d'une difficulté légendaire et d'une beauté graphique qui met toute la communauté d'accord. C'est l'apogée de la saga.
Le problème, c'est que pendant que F-Zero GX séduit les joueurs hardcore, Mario Kart : Double Dash !! cartonne auprès du grand public sur la même console. Les chiffres de vente ne mentent pas : 6.8 millions contre 1 million pour le jeu de Captain Falcon. Nintendo comprend vite où se trouve sa poule aux œufs d'or. F-Zero commence à être perçu en interne comme une licence trop difficile, trop nichée, et surtout beaucoup moins rentable.


Le grand sommeil et les miettes de la nostalgie
Après un dernier sursaut sur Game Boy Advance en 2004 avec F-Zero Climax, c’est le silence radio total pendant près de vingt ans. En réponse à cela, Nintendo est clair et un peu hypocrite : ils affirment ne pas savoir comment renouveler le gameplay ou quelle nouvelle idée apporter à la série. Pendant ce temps, Mario Kart enchaîne les cartons planétaires sur Wii, 3DS et Switch, devenant l'un des jeux les plus vendus de tous les temps.
Captain Falcon, lui, devient un fantôme de son propre jeu. Le grand public finit par le connaître uniquement grâce à ses apparitions répétées dans la série Super Smash Bros, où son célèbre coup de poing "Falcon Punch" est plus connu que son passé de pilote d'élite. Les fans hardcore désespèrent, d'autant que Big N refuse catégoriquement de prêter l'oreille aux demandes répétées de la communauté qui réclame un vrai retour en haute définition.

Aujourd'hui, pour calmer les esprits, Nintendo distribue de maigres miettes de nostalgie. On a droit aux versions rétro incluses dans l'abonnement Switch Online, et récemment à F-ZERO 99, un concept de Battle Royale rigolo mais qui recycle les vieux graphismes de 1990. C'est sympa cinq minutes, mais ça montre surtout que Nintendo refuse de donner le budget nécessaire pour un grand retour. La saga la plus rapide du jeu vidéo est aujourd'hui condamnée à rouler sur le bas-côté.
Avec la sortie du remaster de Star Fox le mois dernier, dont la licence a subi le même traitement pendant des décennies, pourquoi pas rêver pour les fans de F-Zero avec un nouveau jeu. À une exception près : il faudrait d'abord voir Mute City dans le prochain film Mario si ça peut donner des idées à Nintendo !