Vous pensiez que vos vieux jeux vidéo sur CD ou DVD étaient immortels ? Mauvaise nouvelle. Un ennemi invisible, silencieux et totalement implacable est en train de ronger vos plus beaux trésors rétro de l’intérieur. Son nom ? Le « Disc Rot », ou le pourrissement des disques.
Dans les années 90 et 2000, l'arrivée du format disque avec la PlayStation ou la Dreamcast a révolutionné notre façon de jouer. On nous vendait alors un support futuriste, inusable, bien loin des cartouches de salon qui prenaient la poussière. Pour tout le monde, le plastique, c'était fantastique et surtout éternel. Sauf que les industriels de l'époque ont oublié un détail majeur : la chimie de base. Un disque optique n'est pas un bloc de plastique incassable, c’est un mille-feuille de couches ultra-fines de polycarbonate, de laque et de métal qui, spoiler alert, ne vieillissent pas super bien ensemble.
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Quand le plastique fond et que les données s'évaporent
Et donc, le Disc Rot, c’est quoi ? C’est tout simplement l'oxydation de la couche réfléchissante en aluminium située à l’intérieur du disque, celle-là même qui stocke toutes les données de vos jeux préférés. Avec le temps, l’air et l’humidité finissent par s’infiltrer à travers la laque de protection, souvent à cause de micro-fissures ou d'un défaut de fabrication d'époque. Résultat, l'aluminium commence littéralement à rouiller. Quand vous regardez le disque à la lumière, vous commencez à voir apparaître des petits points transparents, comme des taches sombres sur la surface.

Ce processus chimique est malheureusement irréversible. Une fois que la couche d'aluminium est attaquée, le laser de votre console de salon ne peut plus rebondir correctement dessus pour lire les fichiers. Au début, le jeu a un peu de mal à se lancer, ou alors les cinématiques se mettent à saccader sévèrement. Puis, l'oxydation progressant, la console refuse carrément de lire le disque, affichant un message d'erreur. Votre jeu se transforme alors doucement mais sûrement en un sous-verre en plastique brillant.
Le pire dans cette histoire, c'est que toutes les consoles ne sont pas logées à la même enseigne. Par exemple, les premiers CD, notamment ceux de la PlayStation 1 ou de la PC Engine sont particulièrement touchés à cause de techniques de fabrication moins maîtrisées. Certains jeux Saturn ou des pressages spécifiques de DVD subissent aussi de plein fouet ce vieillissement prématuré. Au final, un CD peut avoir une durée de vie entre 20 et 50 ans, selon son ancienneté. C’est une vraie loterie chimique : deux disques stockés exactement de la même façon peuvent avoir des destins totalement différents selon l'usine d'où ils sont sortis il y a 30 ans.

Le grand drame des collectionneurs et de la mémoire du jeu
Pour la communauté des collectionneurs, c'est un coup de massue. On ne parle pas seulement de perdre un bout de plastique, mais de voir s'effacer des pans entiers de l'histoire du jeu vidéo. Des titres devenus extrêmement rares, qui s'échangent aujourd'hui pour plusieurs centaines d'euros sur les sites de seconde main, sont en train de mourir à petit feu dans leurs boîtiers d’origine. L'investissement financier des passionnés s'évapore en même temps que l'aluminium de leurs disques.
Face à ce fléau, les méthodes de conservation traditionnelles montrent leurs limites. On sait aujourd'hui qu'il faut stocker ses disques à la verticale, au sec et à l'abri de la lumière pour ralentir le phénomène. Mais cela ne fait que retarder l'échéance. L'angoisse s'installe alors chez les joueurs : chaque fois qu'on insère un vieux jeu dans sa console, on croise les doigts en espérant qu'il se lance. Le plaisir de la collection physique est désormais teinté d'une sacrée dose d'anxiété.

Cette crise pousse aussi le milieu vers une transition inévitable : le rétrogaming se tourne vers le numérique et l'émulation pour survivre. Pour préserver les jeux, il faut désormais les « dumper », c'est-à-dire copier leur contenu sur des disques durs avant qu'ils ne soient illisibles. C'est assez ironique pour une communauté qui s’est toujours battue contre le tout-numérique et la disparition des supports physiques. Les constructeurs n'auront même pas besoin de tuer le format physique, la nature s'en charge déjà très bien toute seule.