C’est l’une des anecdotes les plus insolites de l’histoire du RPG. Sorti initialement en 1999, le jeu Persona 2 intégrait à son scénario un boss directement calqué sur Adolf Hitler. Une audace scénaristique qui a forcé les développeurs à revoir totalement leur copie lors de l’exportation du titre en Occident.
Le catalogue de la PlayStation regorge de pépites méconnues qui ont pourtant marqué leur époque par des choix artistiques radicaux. Parmi elles, un certain jeu de rôle d'Atlus a poussé le bouchon de la provocation narrative un peu plus loin que les autres. Si la plupart des joueurs actuels l'ignorent, Persona 2 : Eternal Punishment cachait dans sa version originale un antagoniste principal calqué sur le plus tristement célèbre dictateur allemand du XXe siècle.
Une rumeur historique qui prend vie
La présence d'un tel personnage dans un univers de fiction contemporain peut surprendre au premier abord. Dans Persona 2, les scénaristes ont misé sur un concept central original : ici, toutes les rumeurs urbaines finissent par prendre vie matériellement. Les développeurs se sont donc inspirés des théories du complot bien réelles occupant l'espace public et affirmant que le leader du Troisième Reich aurait survécu à la Seconde Guerre mondiale en mettant en scène sa propre disparition. C'est ainsi que le moustachu le plus détesté de l'Histoire s'est retrouvé parachuté dans la version japonaise du jeu, arborant fièrement ses emblèmes rouges, blancs et noirs ainsi que son design historique sans que cela ne pose le moindre problème de censure au pays du Soleil-Levant.

L'inévitable mur de la censure européenne
Le choc culturel et légal est intervenu une décennie plus tard lors de l'internationalisation de l'œuvre. Dix ans après sa sortie initiale, Atlus décide de porter son titre sur PlayStation Portable pour le proposer enfin aux joueurs occidentaux. L'Europe s'est alors dressée comme un obstacle majeur à cause de législations extrêmement strictes concernant l'affichage de symboles liés au régime nazi. Des pays comme l'Allemagne interdisent purement et simplement ces représentations, sans qu'aucune exception parodique ou artistique ne soit tolérée par les autorités locales, obligeant le studio à modifier drastiquement son contenu sous peine de voir son jeu interdit à la vente.
Lunettes de soleil et pseudonyme de secours
Pour sauver la sortie occidentale du RPG, l'équipe artistique a dû faire preuve d'une inventivité particulièrement insolite. Le personnage a subi un relooking extrême et surprenant pour contourner l'interdiction sans réécrire l'intégralité du scénario. Son nom d'origine a été subtilement troqué pour le pseudonyme de « Führer », sans trop d'équivoque. Plus improbable encore, les graphistes ont fait disparaître tous les signes distinctifs compromettants et lui ont vissé une paire de lunettes de soleil de type Aviator sur le nez. Un camouflage minimaliste qui reste aujourd'hui comme l'un des cas de censure les plus mémorables et audacieux de l'industrie.