Le hasard fait parfois exceptionnellement bien les choses dans l’industrie du jeu vidéo. Par exemple, saviez-vous que la célèbre saga de beat’em all Devil May Cry a vu le jour uniquement pour éviter de jeter à la poubelle des mois de travail acharné sur un autre projet ?
Un vent de rébellion sur la colline de Capcom
Au tout début des années 2000, les équipes de Capcom s'activent en coulisses pour donner une suite à leur franchise d'horreur fétiche avec un quatrième épisode très attendu. Le projet doit marquer le passage de la série sur PlayStation 2, une transition technique majeure qui s'accompagne d'un changement de direction créative.
C'est le bouillonnant Hideki Kamiya qui récupère les commandes de ce chantier d'envergure. Le créateur au look affirmé déborde d'idées novatrices qui tranchent radicalement avec les codes habituels de la licence. Kamiya imagine des angles de caméra particulièrement dynamiques, met l'accent sur des affrontements beaucoup plus intenses et introduit un protagoniste inédit nommé Tony Redgrave. Ce nouveau héros ultra-augmenté grâce aux biotechnologies s'impose d'emblée comme le parfait opposé du traditionnel Chris Redfield. Le joueur doit alors utiliser ses capacités surhumaines pour tenter de survivre au cœur d'un mystérieux château situé en Europe.
Du virus de l'horreur aux démons du rock
La vision radicale du réalisateur finit rapidement par se heurter aux fondations de la saga. Après plusieurs mois de production intense, le couperet tombe lorsque le créateur original de Resident Evil, Shinji Mikami, décide de rappeler l'équipe à l'ordre. Le constat est alors sans appel : le titre en développement ne ressemble plus du tout à l'expérience horrifique attendue et s'éloigne beaucoup trop des invasions de zombies traditionnelles.

Plutôt que de jeter ce travail colossal à la poubelle, une décision audacieuse va totalement changer la donne. Capcom choisit de recycler l'intégralité du projet pour en faire une toute nouvelle propriété intellectuelle baptisée Devil May Cry. C'est à ce moment précis que la métamorphose s'opère. Tony Redgrave est renommé Dante en hommage à l'auteur de la Divine Comédie, tandis que l'ambiance horrifique laisse sa place à des hordes de démons survoltés et des pistes de musique rock bien fat. Le jeu de tir et d'action frénétique devient instantanément une référence absolue du genre.
Une affaire de famille et d'héritage stylistique
Le destin croisé de ces deux monuments de l'action a laissé des traces indélébiles. Pendant que Dante entame sa propre route vers le succès, le développement du véritable Resident Evil 4 va essuyer plusieurs versions de travail successives avant d'atteindre le statut de chef-d'œuvre absolu que l'on connaît aujourd'hui.
Les similitudes visuelles entre les deux titres trahissent d'ailleurs cette origine commune. En observant attentivement la silhouette de Leon S. Kennedy dans l'aventure espagnole, on retrouve immédiatement la mèche rebelle caractéristique et le long manteau stylisé que partage également le chasseur de démons vétu de rouge. Ces détails graphiques prouvent que, malgré leurs trajectoires radicalement opposées, les deux héros restent de lointains cousins, nés d'une seule et même impulsion créative.