Il fait partie de ces jeux qui ont marqué les joueurs par leur atmosphère dérangeante, bien plus que par leur gameplay. Considéré comme l’une des expériences psychologiques les plus malsaines du jeu vidéo, ce classique culte est disponible gratuitement pendant une durée limitée. Si vous aimez les œuvres qui mettent profondément mal à l’aise, difficile de trouver meilleur candidat.
Adaptée de la nouvelle de Harlan Ellison, publiée en 1967, I Have No Mouth, and I Must Scream est une référence au monde de l’horreur, des cyber-dystopies et des dangers de l’intelligence artificielle dans la littérature. Plus de trente ans après sa sortie, son adaptation en jeu vidéo reste une expérience aussi fascinante que dérangeante et ça tombe bien, elle est gratuite en ce moment.
Une descente aux enfers orchestrée par l’IA
Au XXIe siècle, les États-Unis, l'URSS et la Chine construisent chacun un superordinateur militaire destiné à gérer une guerre mondiale devenue trop complexe pour les humains. Les trois machines finissent par fusionner en une seule entité consciente : AM, pour Allied Mastercomputer.
Couverture de la nouvelle de 1967

Le souci est qu’AM finit par haïr viscéralement son créateur, l’humain, parce qu’il ne possède pas de corps. De chair vivante, qui lui permettait une liberté de mouvement et de vie. Son intelligence quasi infinie lui permet de savoir ce que pourrait exercer Homo Sapiens, mais sans enveloppe, il reste prisonnier de sa propre existence ; on comprend la rage. Donc pour se venger, AM décime l’humanité et conserve cinq survivants et les rend immortels afin de pouvoir les torturer toute l’éternité s’il le faut. Les voici :
- Ted : narrateur, personnage très mis en avant. Il pense avoir peu été modifié par AM. Sauf que non.
- Ellen : seule femme, manipulée par AM pour être poussée à des comportements sexuels humiliants.
- Benny : anciennement un scientifique brillant, désormais remonté dans l’arbre évolutif humain.
- Gorrister : militant pacifiste, maintenant apathique de tout.
- Nimdok, dont on ne connaît pas grand-chose, ni même le véritable nom.
À travers ces cinq personnages, nous devons faire un par un face aux erreurs que nous avons commises par le passé, et accessoirement vaincre AM. Manipulation psychologique, traumatisme, libre arbitre et culpabilité : on se croirait dans un Saw vidéoludique, non ? Parce que c’est le cas. Quand on y joue, parfois, c’est si dérangeant que parfois, on préfère autant crever tout de suite. Mais on ne peut pas !
Help

Les développeurs ont bien exploité le potentiel de perversion ou de compassion du joueur (et avant tout, de l’être humain) que nous sommes. C’est vrai qu'on a tous en nous cette violence sacrément macabre, et AM s’en nourrit, tel le ténia de nos propres déchets alimentaires.
Nous possédons par ailleurs un « baromètre spirituel ». Aider quelqu'un augmente votre score ; agir égoïstement le diminue ; mentir ou céder à la cruauté peut vous empêcher d'obtenir la meilleure fin. Connaissez-vous le crédit social chinois ? Penchez-vous dessus. On ne va pas trop vous spoiler, mais le titre du jeu prend tout son sens au climax de la torture psychologique des personnages. Une phrase devenue mythique, l’ultime dialogue de l’espèce humaine.
Un point-and-click narratif qui mise sur vos choix
Sorti en 1995, puis réédité par Nightdive Studios en 2013, I Have no Mouth, and I Must Scream est un jeu narratif en point-and-click qui se termine entre 6 et 10 heures, selon les choix que vous faites. Le jeu ne reproduit pas juste la nouvelle de 13 pages, mais, proprement au jeu vidéo, fait interagir AM et les personnages jouables avec toute la lourdeur des actions que cela implique, en les confrontant à leurs propres fautes.
Les cinq chapitres développent énormément les personnages. Et puisque Harlan Ellison, l’écrivain de la nouvelle originale, a participé au script du jeu et a donné sa voix à AM. Au moins, on est sûr que tout est canon dans le lore et que le méchant est parfaitement interprété, dans toutes les nuances voulues par le créateur.

Il explore un thème adulte et poussé, rare dans les jeux des années 90. Certes, l’interface est un peu datée, mais elle a bien vieilli et les graphismes sont en bonne adéquation avec l’uncanny du jeu . Il est régulièrement plébiscité comme étant une excellente adaptation d'œuvre littéraires en jeu vidéo. Le rythme est un peu lent et les énigmes à résoudre peuvent prendre du temps, mais c'est aussi ce qui laisse toute la place à l'écriture, aux dialogues et à l'atmosphère, qui restent aujourd'hui les véritables forces du titre.
Le jeu est classé PEGI 16 et est uniquement disponible sur PC. Il est gratuit jusqu'au 9 juillet sur l'Epic Games Store, et bénéficie actuellement d'une d'une réduction de -78% sur Steam via les soldes d'été, faisant tomber le prix à 2.92€ au lieu des 9.75€ habituels.