Il aura quand même fallu six ans. Six ans pour que Microsoft se décide à sortir le karcher contre MScenery, ce vendeur qui a transformé la boutique de Flight Simulator en décharge à ciel ouvert. Des centaines d’avions vendus au prix fort, bâclés jusqu’à l’os, planqués derrière des images mensongères et des notes trafiquées. Six ans à arnaquer le simeur de base pendant que le vrai travail crevait au fond du classement. C’est terminé, et franchement, ce n’est pas trop tôt.
Le nom ne vous parle peut-être pas, mais sa production, vous l'avez sans doute déjà croisée en parcourant la boutique. MScenery s'était fait une spécialité de publier des avions en très grand nombre, jusqu'à mille quatre cent soixante références au moment de son retrait, vendues le plus souvent entre dix et vingt dollars l'unité. Une cadence inhabituelle pour le secteur, qui aurait pu impressionner si la qualité avait suivi. Ce n'était pas le cas, et c'est précisément ce qui a fini par poser problème.

Pour qui pratique le simulateur de vol depuis longtemps, la méthode a comme un air de déjà-vu. À l'époque de Flight Simulator 2004 puis de Flight Simulator X, un éditeur du nom d'Abacus s'était fait une réputation comparable, en écoulant à bas prix une quantité impressionnante de produits dont la qualité laissait souvent à désirer, le tout derrière une marque qui tenait lieu de vitrine. Vingt ans plus tard, MScenery semble rejouer la même partition, avec les outils de son temps. Difficile, quand on a connu la première vague, de ne pas y voir une vieille recette remise au goût du jour.
Pourquoi ces avions posaient-ils problème ?
L'essentiel du grief tient à l'écart entre ce qui était promis et ce qui était livré. Les fiches produit s'appuyaient sur des images vraisemblablement générées ou retouchées par intelligence artificielle, qui mettaient en valeur des appareils bien plus flatteurs que la réalité. L'exemple d'un A340-600 maison est parlant. Les visuels de présentation affichaient des nuages spectaculaires et des textures très fines, là où le produit installé restait loin de la résolution annoncée. À cela s'ajoutaient des notes proches du maximum, que beaucoup de joueurs jugeaient difficilement crédibles et que la communauté soupçonnait d'avoir été gonflées artificiellement. Ces éléments combinés permettaient à ces produits de remonter en tête des classements, au détriment des développeurs sérieux relégués plus bas dans les listes.
Un niveau de détail qui fait honte à l’industrie

Un cas plus ancien illustre bien la nature du problème. Dès 2021, un acheteur s'aperçut que le FA-18C proposé par MScenery reposait sur un modèle 3D qui semblait appartenir à un autre créateur, le fondateur d'IndiaFoxtrotEcho. Le vendeur avait même laissé en place les écrans de chargement d'un appareil totalement différent, indice d'un assemblage fait à la hâte. Dans le cockpit, rien ne fonctionnait, le train ne se rétractait pas et les volets restaient bloqués. On était très loin de ce que décrivait la fiche.
À quoi ressemble le travail des vrais passionnés ?
Car il ne faudrait pas que cette histoire jette le discrédit sur l'ensemble de la boutique, loin de là. À côté de ces produits au rabais, Flight Simulator abrite un écosystème de développeurs dont le sérieux force le respect. Des studios comme PMDG, iniBuilds, Fenix ou FlyByWire proposent des appareils d'une profondeur de simulation impressionnante, où chaque système, chaque procédure, chaque écran du cockpit répond fidèlement à la réalité. Certains y passent des années, épluchant les manuels de vol réels pour reproduire le comportement exact d'un avion de ligne.
Certains add-ons atteignent un niveau de détail et de réalisme à couper le souffle

Et ce niveau d'exigence ne s'arrête pas aux appareils. Depuis MSFS 2020, puis avec la version 2024, le simulateur atteint par endroits un réalisme qui laisse pantois, entre la photogrammétrie des grandes villes, la météo temps réel et des décors modélisés au plus près du terrain. Survoler sa propre région et y reconnaître les reliefs, les champs, parfois sa maison, reste une expérience que peu de jeux peuvent offrir. C'est justement parce que le potentiel est là, énorme, que la présence de contenu bâclé en tête des classements passait d'autant plus mal.


Pourquoi Microsoft a-t-il mis autant de temps à réagir ?
C'est sans doute le point le plus délicat de cette affaire. Le problème était identifié et documenté depuis l'arrivée de MSFS 2020, à travers de longues discussions sur les forums. Il aura pourtant fallu une vidéo détaillée de la créatrice AvAngel, passant le catalogue en revue appareil par appareil, pour que la question prenne une ampleur impossible à ignorer ces dernières semaines. Microsoft avait d'abord tenté une réponse mesurée en supprimant les notes jugées artificielles. L'effet fut limité, les appareils continuant de figurer en bonne place. L'éditeur a finalement choisi de retirer l'intégralité du catalogue, sur MSFS 2020 comme sur 2024, une décision d'une fermeté qu'il n'avait jamais appliquée à un vendeur en particulier. Les joueurs ayant déjà acheté ces produits en conservent l'accès, seules les nouvelles ventes sont interrompues.

Une réserve subsiste néanmoins. Au moment même où MScenery disparaissait de la boutique, un nouveau venu du nom de Creation Scenery y faisait son apparition, et une partie de la communauté soupçonne qu'il s'agisse du même acteur sous une autre identité. Le doute n'est pas infondé, un produit repéré dès le mois de mai, publié sous un nom différent, présentait déjà les mêmes caractéristiques. Ce retrait constitue donc une bonne nouvelle pour la qualité de la boutique, mais il serait prématuré d'y voir une victoire définitive, tant ce type de pratique a tendance à réapparaître sous une forme ou une autre.
Les captures d'écran de la boutique et des appareils proviennent de la vidéo de la créatrice AvAngel, dont le travail a largement contribué à médiatiser l'affaire.