C’est sans doute l’un des plus grands traumatismes visuels de l’histoire du jeu vidéo. La jaquette américaine du tout premier Mega Man, sorti sur NES, reste un modèle de naufrage artistique absolu. Derrière ce visuel improbable où le robot bleu ressemble à tout sauf à lui-même, se cache en réalité un problème majeur de communication interne chez Capcom.
Un naufrage artistique commis dans l'urgence

Tout le monde a déjà croisé ce regard perdu et cette posture qui défie les lois de l'anatomie. La jaquette américaine du premier Mega Man est entrée dans la légende pour de bien mauvaises raisons, évoquant davantage une parodie qu'un jeu d'action futuriste. Ce désastre esthétique n'est pourtant pas le fruit d'une volonté délibérée de saboter la licence, mais plutôt la conséquence d'un calendrier intenable.
Un illustrateur externe a dû concevoir cette image en l'espace de quelques heures seulement, sans véritablement comprendre le matériel d'origine. L'artiste a improvisé les couleurs en ajoutant du jaune sans raison apparente et a totalement réinventé le design du héros. Le résultat final a immédiatement choqué les joueurs, tant le décalage avec le chef-d'œuvre de la console de Nintendo était flagrant.
L'énigme du pistolet et l'héritage d'un mythe

Le détail le plus absurde de cette illustration reste sans doute l'arme que tient le personnage. Mega Man se retrouve équipé d'un pistolet 9 millimètres au lieu de son célèbre bras-canon, transformant le petit robot en une sorte de mafieux en combinaison moulante. À cette époque, les dessinateurs travaillaient à partir de photos d'écran floues envoyées par le Japon. Ne distinguant pas de fusil sur les pixels, l'artiste en a tout simplement déduit que le protagoniste tirait avec une arme de poing classique.
Bien que Capcom ait changé de dessinateur pour la suite, la jaquette de Mega Man 2 a conservé cette idée d'un adulte en costume tenant un flingue. Cette erreur de communication est devenue si mythique que Capcom a fini par l'intégrer à sa propre culture, notamment en intégrant ce "Bad Box Art Mega Man" comme un personnage jouable à part entière dans le cross-over Street Fighter X Tekken . C’est la preuve ultime que l’éditeur a fini par assumer, avec beaucoup d'autodérision, les ratés de sa communication globale entre ses branches japonaises et américaines.