Avant Internet, avant Twitch et avant même que l’e-sport ne devienne un phénomène mondial, les salles d’arcade étaient le théâtre des plus grands exploits vidéoludiques. Dans les années 1980, un adolescent de 15 ans va pourtant repousser toutes les limites avec une simple borne, une pièce de monnaie et une endurance hors norme. Son exploit sur un jeu culte va transformer son nom en véritable légende du jeu vidéo.
Le créateur de ce jeu était persuadé que ce score ne pouvait pas être atteint, mais un bug a tout changé
Désormais, les grandes compétitions vidéoludiques se déroulent dans de grandes salles de concert aménagées ou des arenas, mais, avant l’apparition d’Internet et du jeu en réseau, ce sont les salles d’arcade qui faisaient office de premiers champs de bataille et qui ont servi de socle à la culture compétitive du jeu vidéo.
Avec l’émergence de titres comme Space Invaders ou Pac-Man, l’objectif n’était pas simplement de prendre du plaisir en jouant, c’était aussi de pouvoir inscrire ses initiales dans le classement des meilleurs scores.

Cependant, la sortie d’un certain Defender est venue donner du fil à retordre à ceux qui aimaient dépenser leurs pièces de monnaie. C’est au début des années 1980, pour le compte de Williams Electronics, que Eugene Jarvis développe ce titre, et ce, en l’espace de huit mois.
Très vite, ce jeu de tir spatial novateur se taille la réputation d’un titre à la difficulté extrême qui intimide les joueurs novices à cause de son système de contrôle complexe (un joystick et cinq boutons) et du défilement horizontal de l’écran.

Pourtant, lorsqu’il est présenté lors du salon AMOA, à la fin de l’année 1980, le jeu se heurte au phénomène Pac-Man et passe quelque peu inaperçu. Par chance, c’est lorsqu’il est installé progressivement dans les salles d’arcade qu’il s’ouvre les portes du succès.
Ce sera d’ailleurs la plus grande réussite en arcade de Williams Electronics grâce aux 55 000 bornes vendues et au milliard de dollars générés. Toutefois, Eugene Jarvis pensait lui-même que sa création avait des limites, mais un bug est venu tout changer… !
Un ado de 15 ans sèche les cours et pulvérise le record au bout de 16h : ça a fait de lui une star
Vers la fin de l’année 1981, dans une salle d’arcade de Mount Prospect, dans l’Illinois, un adolescent de 15 ans du nom de Steve Juraszek est à deux doigts de réaliser un exploit sans précédent sur l’une des bornes Defender créées par Eugene Jarvis et Williams Electronics. Avec une unique pièce de 25 cents, le garçon va entamer la partie la plus longue de sa vie puisqu’il va jouer pendant… 16 h et 34 minutes, ce qui va l’obliger à sécher les cours lors de cet après-midi dans l’espoir de repousser le record encore et encore.

Comme on l’avait expliqué, Eugene Jarvis était persuadé qu’il était humainement impossible que quelqu’un puisse atteindre le million de points, sauf que Steve Juraszek, lors de cette partie, va profiter d’un bug, encore inconnu, pour atteindre le score hallucinant de 15 963 100 points ! Ce qui a nettement aidé le jeune homme, c’est qu’au-delà de 900 000 points — un score déjà très élevé —, chaque ennemi détruit offre au joueur une vie supplémentaire.
À partir de là, il a suffi à Steve d’être particulièrement endurant et concentré. À l’époque, lorsque la prouesse fait la une des journaux, ceux-ci n’hésitent pas à en faire des tonnes autour de cet exploit, insistant sur le fait qu’il ne prend pas de pause pour aller aux toilettes ou que ses amis le nourrissent à grands coups de parts de pizza. « J’aimerais juste qu’il soit aussi bon quand il s’agit de faire ses devoirs » aurait déclaré sa mère, venue l’observer.

Si Steve a accompli une telle performance, ce n’est pas un hasard : il était aussi un grand habitué des salles d’arcade et reconnaît lui-même qu’il y passait beaucoup de temps. « Je pourrais m’acheter une voiture ou un truc du genre avec tout l’argent que j’ai mis dans les jeux. » Son histoire attire d’ailleurs la sympathie du Time Magazine, à tel point que Steve se retrouve en première page en janvier 1982, reconnu nationalement comme étant le premier « athlète du jeu vidéo ».
Bien que le lycée de l’adolescent ait décidé de le punir pour ne pas s’être présenté en cours cet après-midi-là, Steve aura le droit à une belle surprise. Compte tenu du bruit causé par cette histoire, la société Williams Electronics se retrouve vite au courant et décide de lui offrir un emploi à temps partiel !

Devenu ainsi une sorte d’idole, Steve Juraszek met un coup de projecteur sur l’aspect compétitif du jeu vidéo, si bien qu’un opérateur d’arcade, Walter Day, va créer un tableau de scores international (Twin Galaxies) et que d’autres salles vont tenter de trouver leurs champions, des décennies avant la percée de l’e-sport.