Quand on entend les journalistes et autres personnalités politiques conservatrices, les jeux vidéo ne sont bons qu’à propager de la violence. Et alors que les joueurs savent que ce n’est pas vrai, les éditeurs eux-mêmes peuvent parfois avoir un point de vue très pragmatique sur la question…
Qui fera l’anti-GTA ?
Après plusieurs années de lutte pour changer l’image perçue par le grand public vis-à-vis des jeux vidéo, il est assez facile aujourd’hui de citer beaucoup de titres qui font la part-belle au calme et à la contemplation plutôt qu’à la violence et à l’excitation. Mais avant d’en arriver là, il est vrai que le paysage vidéoludique n’a pas toujours joué en la faveur des joueurs les plus sensibles… ni des développeurs qui voulaient sortir des expériences plus oniriques. C’est en tout cas l’expérience qu’a vécu Jenova Chen, le co-fondateur du studio Thatgamecompany.

Dans une interview accordée à GamesIndustry et relayée par Gamesradar, Chen raconte comment il a pu avoir du mal à trouver un éditeur pour son jeu au moment de son développement. On est alors en 2005, et Thatgamecompany cherche à sortir un certain Cloud. A l’origine du projet : un concours organisé par l’Université de la Californie du Sud dont la consigne était de créer un jeu qui soit “à l’opposé de tout ce que les médias mainstream ont condamné suite à la fusillade de Columbine”. A l’époque, Jenova Chen a donc pris cette consigne comme une demande pour faire une sorte d’anti-GTA San Andreas, le jeu de Rockstar ayant été particulièrement pointé du doigt suite à ce massacre.
Les joueurs aiment tirer
Assez rapidement, Jenova Chen et le reste de Thatgamecompany se sont donc hâtés pour développer Cloud. Il s’agissait alors d’une expérience paisible dans laquelle le joueur contrôlait un garçon qui rêvait de voler alors qu’il était bloqué dans un lit d’hôpital. Mais au moment de trouver un éditeur, autant dire que les choses n’ont pas été faciles. Chen se souvient notamment avoir proposé l’idée à Valve (les développeurs de Counter-Strike, Half-Life et Portal) et avoir essuyé un refus pour le moins décourageant :
Nous avons proposé Cloud a à peu près tous les éditeurs imaginables, dont Valve. En 2005, Valve nous ont répondu “On ne publie que des jeux avec des armes à feu, nos joueurs aiment tirer”.

Si cette déclaration peut faire lever un sourcil aujourd’hui, il faut bien avouer que l’industrie n’était pas encore très remplie de cosy games à l’époque. En effet, les jeux les plus populaires étaient plutôt Resident Evil 4, Call of Duty 2 ou Devil May Cry 3, entre autres jeux qui ne proposent pas vraiment une simple balade digestive. Bien sûr, en 2005, on pouvait aussi compter sur quelques pépites avant-gardistes comme Psychonauts ou Shadow of the Colossus, mais on reste loin d’un Stardew Valley.
Thatgamecompany a fini par se frayer un chemin
Heureusement, malgré toutes les contraintes auxquelles ils ont dû faire face, les développeurs de chez Thatgamecompany ont bien fini par sortir Cloud, et ce sans le moindre éditeur. Le titre est en effet disponible en téléchargement gratuitement et légalement sur Internet, même plus de 20 ans après. Et mieux encore, le studio a fini par se faire un nom dans l’industrie très précisément grâce à ses jeux qui vont à contre-courant du reste de l’industrie.

Car oui, c’est bien à Thatgamecompany que l’on doit les très mémorables flOw, Flower, et surtout Journey et Sky : Children of the Light. Comme quoi, il faut parfois savoir se faire confiance même quand toute l’industrie nous ferme les portes au nez.