L’empreinte de Clint Eastwood sur le septième art est tout bonnement indélébile. Le mythique acteur et réalisateur américain a passé plus d’un demi-siècle à façonner l’imaginaire collectif, notamment à travers ses rôles iconiques de cow-boys solitaires et implacables. Alors qu’il vient de tirer sa révérence avec Juré n°2, un ultime thriller judiciaire salué par la critique, l’homme aux multiples Oscars a pris le temps de réfléchir sur l’héritage culturel de son propre pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son constat est sans appel lorsqu’il compare les États-Unis à l’Europe.
L'exception culturelle du Far West
L'histoire d'amour entre la légende hollywoodienne et son genre de prédilection ne date pas d'hier. C'est en incarnant la figure du justicier taiseux qu'il s'est propulsé au sommet de la gloire il y a plus de six décennies. Comme le rapporte la presse espagnole, le cinéaste entretient un lien viscéral avec ces récits de l'Ouest sauvage, qu'il considère comme l'une des rares véritables inventions artistiques américaines. Clint Eastwood déclare ainsi :
Je me sens très proche du western. Honnêtement, les États-Unis, ce n'est pas comme l'Europe. Ici, il n'y a pas beaucoup de formes d'art originales. La plupart découlent de formes d'art européennes. En dehors du western, du jazz ou du blues, c'est à peu près tout ce qui est véritablement original.
L'art le plus puissant puise souvent son essence dans l'Histoire. Pour le réalisateur de 95 ans, le western possède cette force unique car il est intimement lié à la construction de l'identité nord-américaine. La conquête de ce territoire indompté, forgée dans le sang, la sueur et les larmes (pour paraphraser l'ambitieuse fresque Horizon : Une saga américaine de Kevin Costner), a cimenté un véritable sentiment national. Tout comme le jazz ou le blues sont nés de contextes sociaux bien spécifiques, les films de cow-boys ont immortalisé ce mythe fondateur. On pourrait toutefois s'étonner qu'il omette d'autres piliers culturels purement américains dans sa réflexion, à l'image du rock 'n' roll ou des comédies musicales.

Un héritage derrière et devant la caméra
Le monument du cinéma peut légitimement s'enorgueillir d'un parcours exceptionnel. Il n'a pas seulement prêté ses traits à des chefs-d'œuvre, il en a aussi dirigé un nombre impressionnant, participant activement à la pérennisation de cette mythologie. Face aux immenses difficultés que rencontre actuellement en salles une épopée classique comme Horizon, on peut d'ailleurs imaginer la peine d'un tel puriste de voir le genre lutter pour sa survie sur grand écran. Quoi qu'il advienne du box-office, son œuvre magistrale reste à la disposition de quiconque souhaite s'y plonger.
La filmographie de l'Américain regorge de pépites dépoussiérant le Far West. En tant que metteur en scène, il a notamment signé L'Homme des Hautes Plaines (1973), Josey Wales hors-la-loi (1976), ou encore Le Cavalier solitaire (1985). Il faut évidemment y ajouter l'incontournable Impitoyable (1992), souvent couronné comme son chef-d'œuvre absolu dans cette catégorie, sans oublier le plus récent Cry Macho (2021) qui flirte avec le néo-western. Ironie de l'histoire, la plupart d'entre nous n'oublieront jamais son interprétation mythique de l'Homme sans nom dans la fameuse Trilogie du dollar (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand)... une série de classiques fondateurs qui a pourtant été orchestrée par un Européen, le légendaire cinéaste italien Sergio Leone.