Strauss Zelnick, le grand patron de Take-Two, s’est livré avec franchise sur sa stratégie concernant GTA 6. Entre l’absence prévue de licenciements après le lancement et avec la certitude bien ancrée de subir des critiques immédiates sur les réseaux, l’éditeur joue la carte de la lucidité. C’est étonnant !
Le calendrier s'égrène et la pression monte doucement mais sûrement autour du mastodonte le plus attendu de la décennie. Alors que l'industrie vidéoludique traverse une période de fortes turbulences, rythmée par des vagues de licenciements quasi hebdomadaires, le navire Take-Two Interactive semble naviguer sur des eaux nettement plus calmes. Strauss Zelnick, l'emblématique PDG de l'entreprise américaine, a récemment pris la parole pour clarifier la philosophie de son groupe.
L'art de cultiver le manque
L'attente interminable entre deux épisodes de Grand Theft Auto n'est absolument pas le fruit du hasard ou d'une mauvaise gestion. Lors d'une intervention à la conférence financière organisée par TD Cowen, l'homme fort de Take-Two a expliqué avoir délibérément tourné le dos au modèle de la poule aux œufs d'or annuelle il y a près de vingt ans. Prendre son temps permet d'attiser la faim des joueurs et de préserver l'aura d'une franchise sur le long terme. En observant le destin de certaines sagas concurrentes, l'éditeur conforte son choix de privilégier la rareté à l'abondance.
Lors de cet événement, Strauss Zelnick a d'ailleurs rappelé l'évolution du marché et les risques liés à l'épuisement d'une licence :
GTA n'était pas numéro un en 2007. Le jeu était dans le top cinq, mais pas premier. Il suffit de regarder ce qui est arrivé aux titres qui dominaient la chaîne alimentaire et qui sortaient tous les ans pour voir comment ça se termine. Je ne citerai pas de noms, mais nous avons vu des franchises très compétitives enchaîner les bonnes et mauvaises sorties annuelles, tout simplement parce qu'il est très difficile de maintenir un niveau de qualité constant.
Pas de charrette prévue chez Rockstar
La fin du cycle de développement d'un titre AAA rime malheureusement trop souvent avec des réductions d'effectifs dans l'industrie actuelle. Heureusement, ce terrible schéma ne devrait pas s'appliquer aux petites mains qui façonnent actuellement les rues de Leonida. Interrogé par le média spécialisé thegamebusiness, le dirigeant s'est voulu particulièrement rassurant sur l'avenir de ses troupes. La date de sortie du jeu, évoquée pour le 19 novembre prochain, ne marquera en aucun cas la fin de l'aventure pour les développeurs. Le studio aura au contraire une montagne colossale de travail pour assurer le suivi post-lancement de ce nouveau monde ouvert.
Le grand patron s'est montré très clair sur la solidité de ses équipes et la fidélité de ses employés face aux restructurations massives du secteur :
Nous ne prévoyons pas cela au sein de notre entreprise. Chez Rockstar Games, le taux de départ est extrêmement faible. Le taux de rotation global chez Take-Two représente environ la moitié de la moyenne de l'industrie.
La culture du clash en ligne
Même armée d'un budget pharaonique et de nombreuses années de peaufinage méticuleux, la future production n'échappera pas au tribunal impitoyable de l'Internet moderne. Strauss Zelnick en est parfaitement conscient et ne se berce d'aucune illusion quant à la réception publique initiale. Si les excellentes notes décernées par la presse spécialisée conservent une importance capitale à ses yeux pour valider les efforts titanesques fournis, il admet volontiers que l'époque a changé. La culture de l'immédiateté sur le web favorise systématiquement les réactions épidermiques et les avis très tranchés.
Toujours lors de son entrevue, il a tenu à souligner cette nouvelle réalité médiatique à laquelle chaque grosse sortie doit désormais faire face :
Les réseaux sociaux sont très bruyants. Et il se trouvera toujours quelqu'un pour être le premier à dire que ce que vous aimez est nul. Quelqu'un le fera forcément. Aujourd'hui, toutes les opinions sur n'importe quel sujet sont accessibles immédiatement. Rockstar devra faire face à des voix dissidentes dès le début. Est-ce que cela rend le jeu plus ou moins génial ? Je n'en sais rien. Mais l'opposition sera inévitablement de la partie.
Ces déclarations lucides illustrent bien l'état d'esprit d'un éditeur qui sait pertinemment que son jeu sera scruté à la loupe, analysé sous toutes les coutures et critiqué à la moindre occasion, prouvant que même le roi de l'industrie doit apprendre à composer avec les codes d'une époque sur-connectée.