Cocorico : et si le Royaume-Uni agissait plus comme la France ? C’est en tout cas le souhait d’un responsable politique outre-manche.
Pour de nombreux joueurs, associer Clair Obscur : Expedition 33 à la France semble évident. Ce lien constitue une véritable source de fierté nationale et est salué jusque dans les sphères institutionnelles les plus élevées. En témoigne le fait qu’en février dernier, 28 membres de Sandfall ont été nommés Chevaliers de l’Ordre des Arts et des Lettres, consacrant ainsi la place du RPG dans la culture française. De l’autre côté de la Manche, un responsable politique estime justement que le Royaume-Uni aurait intérêt à s’inspirer de cette célébration pour ses propres productions vidéoludiques.
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“Si nous étions les États-Unis, nous serions en train de bomber le torse”
Le Royaume-Uni tient un rôle central dans l’industrie du jeu vidéo. Le pays abrite de nombreux studios de développement tels que Creative Assembly (à l’origine de la série Total War), Playground Games (connu pour les Forza Horizon) ou encore Rocksteady Studios (créateur de la saga Batman : Arkham). De plus, de nombreux studios disposent d’équipes en Grande-Bretagne. L’exemple le plus parlant concerne la série Grand Theft Auto, dont une large part du développement, y compris celui de GTA 6, a été confiée à Rockstar North, situé à Édimbourg.
Pourtant, malgré cette position centrale, le Royaume-Uni ne met pas suffisamment en avant la fierté de ses productions et tend à ne pas les célébrer à leur juste valeur. C’est en tout cas l’avis exprimé par Ian Murray, actuel ministre d’État chargé des industries créatives, des médias et des arts, au micro de The Game Business. Au cours de l’entretien, le présentateur Christopher Ding évoque la mise à l'honneur par la France de Clair Obscur et interroge le responsable politique sur la nécessité, pour le gouvernement britannique, de s’impliquer davantage dans la valorisation de son industrie vidéoludique.
“Oui, à 100%. Et c’est quelque chose pour lequel nous mettons tout en œuvre”. Le ministre poursuit ensuite en soulignant la force de l’influence culturelle britannique :
Par exemple, la Premier League est sans doute le plus grand vecteur de soft power dont dispose le Royaume-Uni. Où que vous alliez dans le monde, vous trouverez quelqu’un qui porte un maillot de Manchester United, de Man City, de Chelsea ou d’Arsenal (...) Si nous étions les États-Unis, nous serions en train de bomber le torse, hisser les drapeaux et défiler dans la rue principale pour vanter ce que nous faisons. C'est juste que, d'un point de vue culturel, nous n’agissons traditionnellement pas de cette façon.

Des productions britanniques malgré la propriété américaine
Même si, à l’image de GTA 6, une grande partie des jeux développés au Royaume-Uni ne sont pas détenus par des entreprises britanniques mais par des sociétés américaines, cela ne constitue pas un problème majeur selon le ministre :
Je me suis rendu chez Take-Two à Manhattan et tout ce dont ils parlent, c'est que Grand Theft Auto 6 est en train d'être développé en Écosse. On y gagne en termes d'emplois. On y gagne en termes de compétences. On y gagne en termes de prestige. Je me demande si d'autres titres comme Fable et LEGO Batman auraient connu le même succès ou auraient été autant associés au Royaume-Uni si Grand Theft Auto n'avait pas été le titre qu'il est, et les gens savent que ce dernier est développé ici.

Il est toutefois possible de nuancer les propos du ministre, en particulier s’agissant de GTA. Le gouvernement français a en effet pu promouvoir assez facilement Clair Obscur, dont le côté artistique et les inspirations issues de la Belle Époque française facilitent la valorisation culturelle. À l’inverse, la franchise GTA, en plus d’être détenue par une entreprise américaine, est beaucoup plus controversée en raison de son contenu, ce qui complique sa reconnaissance institutionnelle, et elle incarne avant tout une vision de la société américaine plutôt que britannique. Enfin, dans le cas de GTA 6, Rockstar mobilise l’ensemble de ses studios, faisant de ce titre une production britannique mais aussi américaine, indienne, australienne ou encore canadienne.