L'impact psychologique des jeux de simulation comme Tomodachi Life : entre empathie et réflexion sur nos relations humaines

Titre original : Tomodachi Life a un secret et il est redoutable pour votre cerveau !

Noyer son petit frère dans une piscine sans échelle ou recréer tous ses collègues de bureau dans Tomodachi Life : on l’a tous fait. Mais pourquoi les simulations de vie nous poussent-elles irrémédiablement à transposer notre entourage en pixels ?

Pourquoi on adore recréer nos potes dans Tomodachi Life ou Les Sims ? J’ai récemment recréé tous mes collègues en testant un jeu. Et soyons honnêtes : vous avez aussi très certainement refait vos frères et sœurs dans Les Sims. Peut-être même que vous les avez noyés dans la piscine en retirant l'échelle, mais ça, ça vous regarde. Pourquoi sommes-nous si obsédés par l'idée de transposer notre entourage dans ces univers virtuels ? L'explication se trouve du côté du game design.

"Les grands-mères sont plus cool que les trolls"

Il existe un chercheur et designer très important dans le monde du jeu vidéo qui a théorisé ce qui nous motive tant : Gonzalo Frasca. Dans un célèbre article intitulé "Les grands-mères sont plus cool que les trolls", il lâche d'emblée qu’il déteste Tolkien et la fantasy en général. Pour lui, la véritable révolution du jeu vidéo, ce qui fait vraiment bouger les lignes du média, ce n'est pas de tuer des dragons. C'est d’être capable de reproduire une simple société humaine.

Pour le prouver, Frasca raconte une conférence de presse de 1999 qui s’est déroulée de manière totalement inattendue. Des développeurs y présentaient Babyz, l'un des premiers simulateurs de bébés virtuels. Au lieu de poser des questions techniques basiques sur les graphismes ou le moteur du jeu, la salle a basculé dans un débat éthique très rare pour l’époque :Des adultes s'angoissaient à l'idée de ne pas pouvoir créer de bébés handicapés dans le jeu. D'autres culpabilisaient de passer des heures à nourrir des bébés en pixels pendant que de vrais orphelins mouraient de faim dans le monde réel. C’est ça, la magie de la simulation de vie. Parfois, quand un jeu simule le comportement humain, il nous tend un miroir qui nous force à porter un regard critique sur notre propre réalité.

Tomodachi Life a un secret et il est redoutable pour votre cerveau !

Le secret de l'empathie : la théorie du "vide"

Mais comment ces petits personnages en pixels arrivent-ils à nous faire ressentir autant d'empathie ? La réponse tient en un mot : le vide. Will Wright, le créateur mythique des Sims, a basé toute sa stratégie sur un ouvrage culte de la bande dessinée : L'Art invisible (Understanding Comics) de Scott McCloud. Dans ce livre, McCloud explique comment le lecteur comble systématiquement dans sa tête le "vide" de ce qui se passe entre chaque case de l'histoire.

C'est exactement la même mécanique qui est à l'œuvre dans nos jeux de simulation préférés : Le Simlish des Sims : une langue totalement inventée et incompréhensible. Les voix de Tomodachi Life : des intonations robotiques et étranges. Tout cela est fait exprès. Face à l'abstraction, c'est notre cerveau qui comble les trous. Leurs mots n'ont aucun sens, leurs visages sont parfois très basiques, c'est donc nous qui projetons nos propres pensées et nos propres émotions sur eux. Nous collaborons avec la machine pour finaliser la création.

Le laboratoire de nos relations

Si nous sommes si accros à Tomodachi Life ou aux Sims, c’est tout simplement parce que nos petits drames de salon, nos relations amoureuses ou nos problèmes de fins de mois seront toujours plus intéressants et tangibles pour nous que n'importe quelle quête magique. Ces deux jeux servent de véritable laboratoire pour tester et observer nos propres relations humaines. D’ailleurs, c’est peut-être précisément pour cette raison qu’un jeu comme inZOI n'a pas autant fonctionné : le jeu était sans doute trop réaliste pour son propre bien, brisant cette fameuse magie de l'abstraction. La simulation a tout de même ses limites. Au bout d’un moment, Gonzalo Frasca a fini par arrêter de jouer aux Sims. La raison ? Il a avoué que le jeu lui donnait juste l’impression d’être "une femme de ménage sous-payée". Et honnêtement... on peut le comprendre.