L’infiltration n’est pas le genre vidéoludique le plus représenté ces dernières années, même si plusieurs franchises ont fait les beaux jours des discrets et des roublards. La saga Styx fait office de challenger dans ce domaine face à Assassin’s Creed, Hitman et Metal Gear Solid et pourtant a su s’imposer avant de disparaître. En 2026, le gobelin voleur le plus célèbre du 10e ART sort de sa retraite après 9 longues années d’absence dans Blades of Greed. Son retour sous le feu des projecteurs annonce-t-il une nouvelle ère pour la formule ? La rédaction de JV s’est infiltrée en territoire ennemi pour en avoir le cœur net.
Un univers d'Heroic Fantasy "made in France"
Le Seigneur des anneaux, Warcraft, Warhammer ou encore Donjons & Dragons dominent sans partage (ou presque) l’Heroic Fantasy au grand dam des fans du genre. Pourtant, il existe pléthore d’univers fantastiques qui méritent l’attention des curieux dont celui de Styx : Blades of Greed qu’il partage d'ailleurs avec Of Orcs and Men, un autre jeu co-développé par Cyanide Studio. Ce monde fictif imaginé par des studios français ne se démarque ni par les races et les créatures qui le peuplent ni par les thématiques qui le parcourent, mais par son ton adulte et son humour “frenchy” grinçant. Les tirades de Styx sont toujours aussi savoureuses, la présence de sous-titres en français permettant d’en profiter pleinement.
Hélas, si le gobelin vert tire son épingle du jeu, ce n’est pas forcément le cas des autres personnages qui gravitent autour de lui. Les performances de doublage des acteurs et actrices donnant vie aux membres de l’équipage et à ceux de l’Inquisition ne sont pas toujours à la hauteur des enjeux contés. Et la mise en scène peine à donner le change en se reposant uniquement sur des cinématiques pas assez épiques pour épicer l'aventure. Cette histoire de quête de pouvoir, symbolisée par le Quartz, et d’un monde au bord du gouffre, menacé par la guerre et l’Inquisition, aurait mérité un récit digne des plus grandes épopées fantastiques littéraires et cinématographiques. Elle est au final anecdotique.

Styx : Blades of Greed ne se moque pas des joueurs et des joueuses et s’avère très généreux en contenu. Il faut compter pas moins de 25 à 30 heures pour terminer l’aventure principale, sans s'attarder sur toutes les missions annexes. Toutefois, et ça peut sembler paradoxal de penser de la sorte, le titre de Cyanide Studio est beaucoup trop long et aurait mérité d’être amputé d’un acte pour gagner en efficacité et en rythme. La majorité des objectifs confiés consiste à récupérer des Quartz. Le sentiment de faire encore et encore la même chose finit alors par prendre le pas sur le plaisir de jeu et la structure en actes, tous similaires, n'aide en rien à faire passer la pilule. Malgré quelques séquences rafraîchissantes et des combats de boss finalement anecdotiques, ce troisième opus de la série peine à se renouveler.
Contraint de quitter les terres elfiques, le gobelins doué de parole Styx cherche un nouveau moyen d’assurer sa survie. Son regard se tourne alors vers le Quartz, une énergie énigmatique dont le potentiel pourrait bouleverser l’équilibre d’Akenash. Pour s’en emparer, Styx forme un équipage et se lance dans une expédition risquée. Mais cette quête attire l’attention de l’Inquisition, une faction humaine impitoyable prête à tout pour contrôler cette puissance. Entre traque et manipulations, Styx devra faire preuve de ruse pour survivre et ainsi changer son destin et celui du monde.

Styx, prince des voleurs
La saga Styx avec Master of Shadows et Shards of Darkness s’est taillée une solide réputation auprès des fans d’infiltration et à raison. Les deux premiers épisodes, notés respectivement 16/20 et 17/20 sur JV, offraient des mécaniques de jeu extrêmement bien huilées ainsi que des environnements ouverts misant sur la verticalité (notamment celui de 2017). Et le gobelin chapardeur de Cyanide Studio n’a rien perdu de son savoir faire, malgré près d’une décennie passée à fomenter son retour. Au contraire, les studios français en ont profité pour peaufiner leur formule et l’étoffer.
Blades of Greed est de loin l’épisode le plus complet de la trilogie et l’un des jeux vidéo d’infiltration les plus aboutis de ces dernières années. Les concepteurs officiant sur le projet maîtrisent pleinement les arcanes du genre et font de la lumière, de l’ombre, des bruits et même des odeurs des éléments de gameplay à part entière. Et les pouvoirs et autres outils débloqués/obtenus par Styx tout au long de l’aventure rendent l’expérience plus personnelle et donc grisante. Néanmoins, l’intelligence artificielle qui régit les gardes et le reste du bestiaire (trop peu varié) n’est pas à la hauteur des talents du gobelin et ne représentent que trop rarement une réelle menace. Dommage !
Une fois de plus, les studios français placent le destin de leur “beau parleur” entre les mains des joueurs et des joueuses qui se voient confier le destin de Styx et du monde. La diversité des approches pour compléter un objectif, et au final une mission, fait de Blades of Greed une expérience singulière dans la paysage vidéoludique contemporain. Selon les pouvoirs, les outils et les points d’entrées à disposition à un instant t, Styx vivra une épopée fort différente d’une partie à l’autre. Cette variété de situations émergentes fait toute la sève de la franchise et lui garantit une place de choix aux côtés des maîtres de l’infiltration.

Le vertige des sens
Une chose qui marque d’emblée avec Styx : Blades of Greed, c’est l’ampleur des environnements, surtout celui du Mur. Certe limitées dans leur nombre, soit 3 lieux aux styles visuels très marqués, elles dénotent par leur verticalité à en donner le vertige et leur conception pensée avant tout pour permettre au prince des voleurs d'exprimer ses talents. L’obtention au cours de l’épopée de différents “moyens” de se déplacer ne fait qu’accentuer le sentiment de liberté que l’on ressent en explorant des décors à la direction artistique léchée, tantôt terne, tantôt colorée, et toujours plaisante à regarder.
Néanmoins, le titre de Cyanide Studio, qui tourne pour rappel sur Unreal Engine 5, n’est pas à la pointe de la technologie. Il ne démérite pas pour autant d’un point de vue purement technique avec ses grandes zones ouvertes à l’ampleur et à la verticalité rarement égalées dans un jeu vidéo du genre, mais il ne peut tenir la comparaison face aux ogres techniques les plus récents. A titre d'exemple, les animations des personnages, exception faite de Styx qui est parfaitement animé, sont (trop) rigides. Qui plus est, plusieurs bugs, notamment visuels, et des temps de chargement parfois longuets sur PS5 témoignent d’un manque de finitions.
- Faire des sauvegardes rapides très souvent (il n'y a pas de limites)
- Faire preuve de curiosité pour trouver de l'XP, des schémas, etc.
- Prendre de la hauteur pour optimiser l'utilisation de la voile et du grappin
- Utiliser les voyages rapides en ballon pour vous rapprocher des objectifs
- Débloquer rapidement ces capacités et leurs améliorations (Vision d'Ambre - identification à travers les murs + image résiduelle / Invisibilité - réduction du coût + consommation interrompue)

Conclusion
Points forts
- Un univers d’Heroic-Fantasy original
- La diversité des approches offertes aux joueurs
- La maîtrise des arcanes de l’infiltration
- Les pouvoirs de Styx
- La verticalité et l’ampleur des niveaux
- L'excellente durée de vie (entre 25 et 30 heure)
- La version originale sous-titrée français (VOSTFR)
Points faibles
- Une histoire anecdotique portée par des performances de doublage en dents de scie
- Une aventure qui finit par se répéter
- Des ennemis et des missions peu variés
- Des combats de boss anecdotiques
- Une IA (trop) sommaire
- Une technique en deçà des standards de 2026
Note de la rédaction
Styx : Blades of Greed brille par sa maîtrise des codes vidéoludique de l’infiltration, par son univers fantastique original et sa direction artistique, mais cela ne peut suffire à en faire le maître incontesté du genre en 2026. Au-delà de l’aspect purement technique, ce troisième opus de la saga ne parvient que trop peu à se réinventer au gré de l’aventure afin de garantir un plaisir de jeu renouvelé. Au contraire, un sentiment tenace de toujours faire la même chose s'installe durablement. En dehors de ça, le titre de Cyanide assure l’essentiel… l’infiltration.