Baby Steps : Une exploration ludique et mélancolique de l'autosuffisance masculine à travers l'humour absurde

Titre original : Ce jeu à l'humour pipi caca avec des ânes nus a un sens caché, et ça le rend génial

Je l’aurais jamais cru, mais ce jeu en apparence “complètement débile” m’a vraiment marqué, et c’est parce qu’il y a quelque chose de bien plus fort sous son grain de folie.

En fin d’année dernière, je vous parlais de ma découverte (tardive) de Baby Steps, le dernier jeu de Bennett Foddy (Getting Over It) qu’il a conçu aux côtés de Gabe Cuzzillo (Ape Out) et Maxi Boch. Entre temps, j’ai terminé l’aventure et je pensais pas vous dire ça : Baby Steps est l’un des jeux les plus marquants que j’ai fait récemment. Ça vient pas seulement de son gameplay si particulier, qui demande littéralement de mettre un pied devant l’autre, mais aussi de son propos.

Pas besoin d’aide

Dans Baby Steps, on incarne Nate, un “bon à rien” de 35 ans qui vit encore dans le sous-sol de ses parents. Au tout début du jeu, il est affalé sur son canapé, entouré de bouffe et de fringues sales, avant d’être téléporté dans un monde parallèle, au pied d’une montagne qu’il devra gravir pas à pas.

En surface, Baby Steps est une errance dans un monde grotesque avec un humour douteux, le tout avec une galerie de personnages tout aussi décalés. Il y a Jim, un guide un peu trop insistant ; Mike, un alpiniste en herbe - tel que vous - face à qui Nate essaie toujours de garder la face ; et quelques ânes nus, dont Moose, qui deviendra petit à petit votre ami.

"Une paire de chaussures, Nate ?"

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Au fil de l’aventure, Nate refuse systématiquement les mains qu’on lui tend (souvent malgré lui, faute de savoir s’exprimer autrement). Des chaussures pour éviter d’escalader la montagne pieds nus ? Sans façon. Une carte, un grappin ? On va s’en passer. Le moment où Nate reconnaît finalement qu’il a besoin d’aide marque d’ailleurs la fin du jeu.

Au-delà du jeu “débile”

Croyez-moi, vu l’absurdité des échanges, il faut faire un effort pour arriver à cette première lecture. Ce qui saute aux yeux en revanche, c’est la mélancolie qui traverse Baby Steps : certains propos de Nate, qui fait à un moment le voeu de “mourir” ; le chapitrage du jeu, qui fait évoluer petit à petit le sous-sol du personnage jusqu’à effacer toute trace de son passage ; des mini-jeux aux allures de flash-back qui semblent revenir sur des épisodes traumatisants de Nate.

Le sous-sol de Nate (avant / après)

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Sur la toile, on peut d’ailleurs trouver un tas d’interprétations : allégorie de l’au-delà, de la dépression, de la situation de Nate (qui semble avoir été mis dehors par ses parents). Mais la “clé” de Baby Steps semble avoir été donnée par Bennett Foddy lui-même, dans une interview sur The Wired : “c'est une satire de l'autosuffisance masculine et de ses limites”, explique-t-il. Autrement dit, comme dans ses autres jeux, le créatif veut mettre à l’épreuve ce qu’il appelle la “fierté masculine”, en confrontant les joueurs à l'échec encore et encore. Baby Steps l’adresse juste plus littéralement dans son récit.