Pokémon Go : Les dérives du tourisme virtuel illustrées par la controverse d'un PokéStop sur l'île d'Epstein

Titre original : Pokémon Go a boosté le tourisme virtuel, mais cet incident montre que les développeurs n’avaient pas vu venir ce problème…

Presque dix ans après sa sortie, Pokémon Go continue de faire parler de lui, mais pas toujours pour les bonnes raisons. Derrière le succès mondial et l’attrait pour la découverte, des zones moralement grises subsistent… La dernière en date, liée à un PokéStop dont la fréquentation a explosé, relance le débat sur les limites du jeu et, surtout, sur l’attention des équipes de développement et de l’éditeur sur ces sujets.

Pokémon Go, un jeu qui offre un autre regard sur le tourisme, mais qui a vite montré ses limites

Dans quelques mois, Pokémon Go franchira une étape importante de son histoire, soit le cap des 10 ans. Même une décennie plus tard, on se souvient toujours de cette époque où les rues des villes de France étaient envahies par des armées de joueurs ayant leurs yeux rivés sur leur téléphone à l’affût de la moindre vibration annonçant l’apparition d’une nouvelle créature de poche à ajouter à sa collection. Face aux dresseurs en herbe, de nombreuses voix s’étaient soulevées pour pointer du doigt la « zombification » de la population.

Pourtant, les bienfaits de l’application ont longtemps été mis en avant pour justifier l’intérêt de Pokémon Go. L’activité physique, l’augmentation de la socialisation ou encore la découverte de l’environnement sont des arguments qui revenaient fréquemment. Bien que cela permettait de répondre aux détracteurs du jeu de la meilleure des manières, ces derniers n’étaient pas totalement en tort puisqu’on a constaté de nombreuses dérives, principalement liées à la pratique du « dark tourism ».

Pokémon Go a boosté le tourisme virtuel, mais cet incident montre que les développeurs n’avaient pas vu venir ce problème…

Très rapidement, lors des semaines qui ont suivi le lancement de l’application mobile, une grande quantité d’articles ont été relayés sur la toile pour critiquer le manque d’éthique qu’il pouvait y avoir derrière ce tourisme virtuel. Parmi les controverses citées, il y avait l’invasion de nombreux lieux de mémoire, comme l’US Holocaust Memorial Museum, le Mémorial du 11 Septembre et le musée d’Auschwitz.

En soi, le « dark tourism » n’est pas le problème, mais plutôt le déséquilibre engendré par l’application qui transforme ces endroits importants du devoir de mémoire en des points de passage comme pourraient l’être tout un tas d’attractions touristiques. Si l’on évoque de nouveau ce sujet, c’est parce que l’actualité autour de Pokémon Go a été alimentée d’une énième controverse liée à l’affaire Jeffrey Epstein. Il y a dix ans, Niantic, qui a désormais laissé sa place à la société Scopely, avait déjà été alerté par ce souci, et pourtant, c’est comme si les développeurs n’avaient pas vu venir ce problème.


Pokémon Go : ce PokéStop repéré sur l’île de l’affaire Epstein crée la controverse

Ces derniers jours, avec les nouvelles informations liées à l’affaire Epstein, des joueurs de Pokémon Go ont fait une découverte plutôt perturbante. En jetant un œil à l’île autrefois possédée par le criminel, Little Saint James, ces derniers ont remarqué la présence d’un PokéStop, l’un des nombreux points de passages du jeu grâce auxquels les joueurs peuvent faire le plein d’objets.

Dès suite d’une analyse, un utilisateur a finalement isolé une explication sur cette présence : la demande de soumission pour ce PokéStop n’est pas récente. Selon les données récupérées, elle aurait été faite entre 2020 et 2021 et résulte d’un contournement, car la demande a été réalisée par le biais d’un autre jeu de Niantic, à savoir Ingress, qui a servi de base de données.

Pour aider à la validation, la demande a été remplie pour un objet anodin qui remplit les critères techniques de validation, en l’occurrence un cadran solaire, ce qui explique l’approbation du PokéStop. C’est d’ailleurs une image provenant d’une vidéo capturée à l’aide d’un drone en juillet 2019. Là où le problème se complexifie d’un point de vue moral, c’est qu’une grande quantité de joueurs ont fait remarquer la présence de ce PokéStop sur des forums dédiés au spoofing, c’est-à-dire une méthode de modification du signal GPS qui permet de tromper le jeu en lui faisant croire qu’on est ailleurs.

Ici, sur l’île tristement célèbre de Little Saint James… En conséquence, il y a eu un afflux virtuel considérable des visites sur l’île, les joueurs souhaitant en faire tourner le PokéStop pour récupérer des récompenses et autres preuves de cette visite, à l’image de stickers et cadeaux à envoyer à ses amis en ligne… Dans l’urgence, pour contrer à la fois l’engouement grandissant et la controverse associée, la société Scopely a retiré le PokéStop de l’île.