Créer un jeu vidéo est très difficile, demandez à Eric Barone, à qui on doit Stardew Valley. Mais certains projets sont plus compliqués que d’autres et essayer de lancer un MMO ou un shooter coopératif relève presque de la folie. Ashes of Creation, financé via Kickstarter, en a fait les frais.
Ashes of Creation n'est plus que poussière
Le jeu vidéo est de ces secteurs où avoir une bonne idée et des joueurs motivés ne suffisent pas. Il faut arriver au bon moment, réussir à se démarquer dans un océan de sorties et immédiatement réussir à capter l'attention sous peine de tomber dans les oubliettes en 48 heures. On ne compte plus le nombre de MMO à s'être cassé les dents sur World of Warcraft, Dofus ou encore Final Fantasy XIV, ni le nombre de shooters coopératifs à ne pas avoir réussi à se faire une place. L'évidente exception n'est autre qu'ARC Raiders, mais c'est l'arbre qui cache une forêt au sein de laquelle on retrouve Concord.
Quoi qu'il en soit, cette immense montagne à gravir n'entame que rarement les ambitions des créatifs, qui tentent leur chance. En 2016, le studio Intrepid a ainsi lancé son projet de MMO, Ashes of Creation. Très ambitieux et présenté de façon limpide, le projet récolte quelques 3,3 millions de dollars lors de sa campagne de financement participatif sur Kickstarter en 2017. De quoi faire d'Ashes of Creation le MMORPG le plus soutenu de la plateforme. Selon Steven Sharif, le jeu était entièrement financé, et l’argent supplémentaire provenant des contributeurs devait servir à rémunérer les développeuses et les développeurs.
Sauf que, patatra. Le 2 février dernier, quelques semaines seulement après le lancement de l'accès anticipé sur Steam, le jeu a été annulé. Steven Sharif, directeur créatif et cofondateur du studio, annonce sa démission et d'autres le suivent. Une procédure de licenciement massif est alors enclenchée et c'est toute l'équipe qui est finalement mise à la porte. En quelques heures, le projet Ashes of Creation et son studio disparaissent des radars. De là, plusieurs problèmes apparaissent. Sharif indique qu'il a perdu le contrôle du studio à cause de son conseil d'administration mais des documents suggèrent qu'il aurait pu être le seul membre.

Steam à la rescousse des joueurs
Les joueurs sont d'autant plus en colère que la promesse d'un remboursement avait été faite dans le cas où le titre ne sortirait pas sur Steam. Or, il est sorti. En accès anticipé, certes, mais il est sorti. Ne pas pouvoir être remboursé à cause d'un titre dont la vie n'a duré que quelques semaines, ça fait mal. Steam dispose de son côté d'une politique de remboursement assez souple.
Dans un premier temps, il est possible de demander un remboursement en quelques clics si le titre n'a pas été lancé dans les 14 jours suivant l'achat ou que les deux heures de jeu n'ont pas été dépassées. Dans un second temps, il est possible de contacter le support client en expliquant la situation. Si celle-ci est exceptionnelle et qu'il est admis que les joueurs n'ont pas abusé du remboursement, il est possible de l'obtenir même en dehors du cadre habituel. Dans le second cas, l'argent est toutefois reversé sur le porte-monnaie Steam et non crédité sur le compte bancaire de l'acheteur.
Il semblerait que le caractère exceptionnel de la situation liée à Ashes of Creation ait poussé Steam à massivement proposer un remboursement aux joueurs. De nombreux messages de joueurs ayant dépassé les 10, 20, 30 ou même 50 heures indiquent que Valve aurait globalement accepté de rembourser des milliers de joueurs. La plateforme a même retiré le jeu de la vente afin d'éviter de voir la situation devenir incontrôlable. Quoi qu'il en soit, l'affaire ne semble pas terminée et devrait prendre prochainement un tournant judiciaire.