Sortie à la fin du dernier millénaire, Matrix est souvent citée comme la référence absolue en matière de soulèvement des machines et d’intelligence artificielle. Pourtant, une analyse plus poussée révèle que ses créatrices visaient des concepts bien plus spirituels et sociopolitiques.
En 1999, une vague de longs-métrages explorant les réalités virtuelles a déferlé sur les écrans, incluant des titres comme eXistenZ ou Passé Virtuel, mais c'est bien la production des sœurs Wachowski qui a marqué l'inconscient collectif. Si Matrix a servi de porte d'entrée à toute une génération vers le concept de technologie consciente, le cœur du récit s'éloigne considérablement des aspects techniques pour explorer des thématiques liées à la transcendance humaine.
Au-delà de la technologie, le symbolisme religieux au coeur de Matrix
Contrairement à la science-fiction dite "hard" qui s'attarde sur les détails techniques comme les réseaux de neurones ou l'apprentissage profond, cette saga s'inscrit dans une approche plus "douce" et spéculative où la plausibilité technologique s'efface au profit de réflexions philosophiques. Selon le résume le journaliste Marcos Merino, les véritables obsessions des réalisatrices ne se limitaient pas à la technologie, mais visaient avant tout "la transcendance". L'œuvre regorge de symbolisme religieux assez explicite, notamment à travers des antagonistes comme Cypher, dont le nom évoque Lucifer, ou la trinité qui entoure le messie.
Ces éléments allégoriques servent de vecteurs à une réflexion politique complexe sur "la relation entre le choix et la causalité, et sur l'influence de cette relation sur la domination sociopolitique". Le système informatique mis en place par l'Architecte et l'Oracle n'est finalement qu'un décor pour illustrer que l'esprit humain peut être contrôlé tant qu'il conserve une illusion de libre arbitre, une étincelle imprévisible qui échappe aux calculs algorithmiques les plus probables.
Une esthétique cyberpunk révolutionnaire, malgré des suites inégales
Porté par la performance iconique de Keanu Reeves, le premier volet a su imposer une esthétique cyberpunk et des effets spéciaux novateurs, notamment le célèbre bullet time, qui ont assuré sa reconnaissance immédiate auprès du grand public. Le scénario initial dépeint une guerre perdue où les machines cultivent les humains pour leur énergie thermique, créant une utopie virtuelle pour garder leurs esprits actifs afin d'éviter le dépérissement. Cependant, l'expansion de cet univers à travers Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, sortis tous deux en 2003, a introduit de nombreuses incohérences narratives qui rendent parfois difficile la compréhension globale du fonctionnement de la Matrice.
Si le premier opus offrait une vision claire d'une simulation peuplée d'agents, les suites ont complexifié la mythologie avec des programmes exprimant des émotions humaines ou le désir de procréer, s'éloignant parfois de la cohésion interne originale. Malgré ces critiques sur les amendements scénaristiques, la saga demeure une étude fascinante sur la dépendance paradoxale de l'humanité envers ses propres créations mécaniques.