Plus de dix ans après ses premières esquisses, Edmund McMillen livre enfin son projet le plus ambitieux : Mewgenics. Entre eugénisme félin, combats tactiques d’une profondeur vertigineuse à la Final Fantasy Tactics et humour noir décapant, ce “simulateur de chats” s’impose d’emblée comme un monstre du genre roguelite. Avec plus de 1000 capacités et un système de synergies permettant de littéralement casser le jeu, le titre transcende la simple itération de The Binding of Isaac. Cet univers gore et cosy porte chaque échec comme une leçon, chaque mutation comme opportunité et chaque portée de chatons une nouvelle page d’une histoire aussi absurde qu’épique. Un futur classique qui prouve que, même après 75 heures de jeu, le génie de McMillen (accompagné de Tyler Glaiel) a encore des secrets à nous révéler.
Sommaire
- Préambule
- 75 heures de jeu et toujours des surprises (système de combats)
- L’histoire ? C’est la vôtre (et un peu celle des autres)
- L’eugénisme des chats
- Quêtes secondaires et interactions
- Un charme sous le signe du trash et du cosy
Préambule
- Genre du jeu : Mewgenics est un jeu au tour par tour tactique avec des notions de RPG.
- Il ressemble à quel autre jeu ? Dofus, Final Fantasy Tactics, Fire Emblem ou encore Into the Breach dans une certaine mesure
- Ça sort quand ? Le 10 février 2026.
- Sur quelles plateformes ? Sur PC.
- En français ? Oui, il est traduit ! Ne pas se fier à certaines captures d'écran, la localisation est arrivée en cours de test.
75 heures de jeu et toujours des surprises (système de combats)
Edmund McMillen nous refait le coup ! Binding of Isaac (BoI) ne devait être qu’un échauffement pour son projet de cœur. Un jeu qui a fini par être tentaculaire pour beaucoup de joueurs, en témoignent le nombre d’heures de certains visibles sur leurs évaluations Steam. BoI est un titre au contenu colossal avec une profondeur de gameplay énorme. Quelque chose qu’il est donc plus que normal de retrouver dans Mewgenics, véritable projet de cœur de McMillen (qu'il réalise avec Tyler Glaiel) puisqu’il bosse dessus depuis plus de 10 ans. Un jeu censé se rapprocher de Pokémon et qui depuis a bien évolué.
Dans Mewgenics, on gère des chats qui partent à l’aventure : ils doivent combattre des ennemis dans des combats au tour par tour en s’appuyant sur une attaque de base et des capacités répétables tant que le chat a de la mana. Ils peuvent alors récupérer des objets aux effets variés (donne de l’armure, brûle l’ennemi, etc) qui vont les renforcer et diminuer les chances de mourir. Chaque chat peut avoir une classe de départ, chacune ayant ses passifs et ses capacités. Après chaque combat, un chat monte de niveau et gagne une capacité. Une fois l’aventure terminée avec vos chats, ceux-ci sont à la retraite et ne peuvent plus être utilisés : il faut donc partir avec 4 autres chats.


Chaque aventure réussie donne des objets, des capacités à débloquer voire des nouvelles classes. Mewgenics incarne cette personnalisation ultime du RPG. S’il promet plus de 1000 capacités (75 par classe) et plus de 900 objets, force est de constater que le contenu est vertigineux. Je vais probablement le répéter à travers tout le test, mais on est sans cesse en découverte de nouvelles attaques, nouveaux objets et nouvelles caractéristiques pour nos chats même après 75 heures de jeu. Et il y a encore plein de choses que je sais non découvertes !
Les affrontements vont souvent être contre les mêmes ennemis, mais les combats ne sont jamais les mêmes tant il y a de variables : les capacités de vos chats, les combinaisons possibles entre eux, la météo sur le terrain, la disposition des cases qui peuvent avoir un effet, votre équipement…. Tout est un éternel recommencement et c’est ça qui est fabuleux dans le jeu : on est sans cesse en train d’apprendre comment le jeu fonctionne grâce à la profondeur de son combat avec une logique simple mais implacable. D’autant que c’est naturel, jamais forcé, puisque ça arrive à chaque partie ! J’ai un milliard d’exemples exceptionnels qui peuvent le démontrer ici, mais on ne va qu’en choisir qu'un.
Les personnages en feu vont brûler les herbes : il faut du liquide pour les éteindre.

- Anecdote : Dans l’une des zones de l’acte 1, il existe des chats requins qui peuvent annihiler vos chats si vous avez le malheur de vous approcher trop près. Leurs attaques infligent saignement et chaque unité qui saigne leur donne un tour supplémentaire. De quoi leur donner des tours infinis d’autant qu’ils se dirigent en priorité vers les unités qui saignent. Sauf qu’il est possible de les contrer en leur infligeant saignement avant eux ! Ils vont alors simplement s’entretuer.
Ils mangent les chats à proximité sans laisser de cadavre.

Tout le jeu fonctionne de cette manière et c’est un véritable plaisir de découvrir les interactions, dont le nombre paraît infini. On a parfois le sentiment de casser le jeu (et c’est ce que veulent les développeurs !) avec les synergies de nos chats où à l’inverse, l’impression qu'il ne veut juste pas qu’on réussisse. Chaque zone dispose de ses propres événements aléatoires, où les chats peuvent trouver des objets, muter ou encore se blesser. L'occasion de raconter un autre exemple.

- Anecdote : Lors de l’une de mes dernières parties avant ce test, c’est mon soigneur qui a eu le malheur d’être dépressif à cause d’un de ces événements aléatoires. Dans le jeu, la dépression se traduit par une baisse de toutes les statistiques de votre chat mais aussi de ceux qui l’entourent. Impossible d’aller au bout de l’aventure avec une baisse régulière de la constitution (qui régit le nombre de points de vie maximum) : mon soigneur, chaque fois s’approchant de ses camarades pour les soigner, réduisait leur vie et était donc complètement contre-productif.

À la différence de jeux populaires récents comme Hades, Mewgenics incarne vraiment le genre du roguelite : un genre où le Game Over fait partie intégrante du voyage, même après des dizaines d’heures de jeu, mais qui sert à nous apprendre des choses. Le jeu ne nous conditionne jamais pour gagner grâce à son contenu colossal et varié. J’ai passé 75 heures dessus, a vu les premiers crédits, mais je sais que j’ai encore des milliers de choses à voir !
Dans le désert, les soins sont moins efficaces.

L’histoire ? C’est la vôtre (et un peu celle des autres)
Mewgenics dispose effectivement d’un cadre scénaristique. Vous devez aider un scientifique fou à faire des expériences sur des chats en les emmenant justement à l’aventure. Lui est persuadé que ça va changer le monde ! Ce fil rouge est intéressant à suivre grâce à l’écriture des personnages, orientée très humour noir : attention, si vous n’aimez pas penser que vous avez 5 ans d’âge mental, le jeu n’est probablement pas pour vous. Mais il serait tout de même dommage de passer à côté tant Mewgenics peut être un générateur incroyable d’histoires.
Parfois, les occultistes peuvent générer un nombre aberrant de sangsues.

Je l’ai dit, chaque partie est différente grâce à la personnalisation et les interactions de vos chats en combat. Mais il peut se passer tellement de choses à l’extérieur, par le biais d’événements aléatoires, de météo, etc; que toutes vos parties, les bonnes comme les mauvaises, sont géniales à raconter. Même pour quelqu’un qui ne joue pas au jeu ! Quelque chose que l’on doit aux troubles qui peuvent arriver à vos chats durant l’aventure. J’ai déjà parlé de mon soigneur dépressif, mais il en existe une pelleté d’autres. J’ai déjà hurlé à travers tout l’open space de la rédaction que j’avais choppé la malaria par exemple. Tous ces troubles se manifestent sous la forme de passifs et il peut même parfois être intéressant de construire vos chats avec. Paradoxalement, votre chat qui a la maladie des os de verre peut être un excellent tank si vous lui donnez suffisamment de réduction de dégâts.
Il y a forcément un monde où les remontées acides de ce chat sont efficaces.

Mais c’est aussi grâce à une petite fonctionnalité, toute bête, que le jeu régale en termes d’histoires : les noms. Ils sont générés aléatoirement pour vos chats. Mais ils sont tirés d’un tableau excel dans lequel les autres joueurs ont mis leurs suggestions. J’ai déjà eu Sephiroth (qui, spoiler, a tourné comme l’original) et Aragorn par exemple. J’ai même eu un chat qui a eu le nom de mon collègue et ça a complètement transformé ma vision du RPG en général ! On se prend bien plus rapidement d’affection (ou non) pour les chats dont on connaît les patronymes que ça transcende forcément l’aventure. Avoir Aragorn atteint d’aérophagie, il n’y a que dans Mewgenics que ça peut arriver.
Escanor, Gojo... Les amateurs de mangas sont présents.

L’eugénisme des chats
Outre ces aventures fabuleuses vécues par vos chats et vous-même, il y a tout de même un aspect gestion. Vous ne faîtes pas que des expérimentations en les envoyant au front. Votre refuge sert aussi à vos petits monstres pour se battre et, surtout, faire des enfants. De quoi transmettre les capacités gagnées au cours de l’aventure. Mais pas que ! Il y a une chance pour que les chatons récupèrent des troubles (autisme, scatophilie, aérophagie et j’en passe) mais aussi des mutations (pinces à la place des pattes qui ont 5% de chance d’immobiliser). Il faut garder en tête qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais passifs. Enfin, disons que quasiment tout reste jouable pour peu que l’on se creuse les méninges.
À termes, il est possible de voir si nos chats sont trop consanguins ou non.

Tout ce système de gestion passe aussi par vos voisins, tous aussi chelous que n’importe lequel de vos chats. En échange de certains d’entre eux aux caractéristiques particulières (mutations, plus vieux que tel âge… même les chats morts sont utiles !), ils vont rendront service. En échange de chatons, Tink va par exemple vous fournir des outils pour mieux tracker vos chats et leurs génétiques. De quoi mieux les trier chez vous afin de ne garder que le meilleur (ou le pire, selon le point de vue). Butch, lui, va agrandir votre entrepôt afin que vous disposiez des meilleurs objets avant chaque aventure. À ne surtout pas négliger !

S’il est indispensable dans la boucle de gameplay et s’y insère naturellement, ce côté gestion semble tout de même moins travaillé que le reste. Rien de rédhibitoire, mais le nombre de chats demandé par chaque voisin me donne le sentiment d’être trop élevé. J’aurais préféré avoir certaines améliorations, notamment celles pour gérer mon refuge, plus tôt d’autant qu’elles ne rendent pas l’aventure plus facile pour autant.
Même la maison dispose de ses propres statistiques.


Quêtes secondaires et interactions
Mais si d’aventures vous vous rendez compte que vos parties se ressemblent ou sont trop simples, il y a toujours les quêtes annexes qui viennent pimenter le jeu. Elles se débloquent une fois l’acte 2 déverrouillé. Elles sont symbolisées par des objets à tenir sur vos chats. Des objets qu’il faut amener à un endroit particulier. Ils ont tous un effet qui viennent complexifier le jeu et qu’il faut prendre en compte pour que ne soit par la dérouillée.

Par exemple, l’un va transformer votre chat en ennemi, là où d’autres vont vous empêcher de monter de niveau. Au stade où j’en suis, c’est une pierre brûlante qu’il faut que je lance à chaque tour et que je dois faire avaler (à lire avec emphase sur le "avaler")''' à un ennemi très précis…. En plus de diversifier le gameplay, ces quêtes annexes viennent aussi subrepticement apprendre à jouer avec des interactions particulières. De quoi, encore, redécouvrir sans cesse le jeu.
Un charme sous le signe du trash et du cosy
Il aurait été possible de livrer ce test sans mentionner la direction artistique de Mewgenics. Les amateurs de Edmund McMillen, que ce soit par Super Meat Boy ou Binding of Isaac, ne seront clairement pas dépaysés. On retrouve la signature gore simpliste du créateur, avec du body-horror en cartoon dans tous les sens. Une esthétique qui vient appuyer le caractère difficile du jeu et que toutes les aventures ne sont pas roses. Pour autant…

Un tel contexte peut vite repousser un lot de joueurs. Sauf que la musique s’impose comme opposition cosy forte à cette ambiance quelque peu macabre. Les doublages de chats enregistrés par des humains font toujours sourire et les musiques jazzy viennent poser l’humeur (même si certaines rentrent beaucoup, beaucoup, trop, dans la tête). Mention spéciale à celle du désert, surtout lors du boss de la zone, qui est exceptionnelle.
C’est pour vous si :
- Vous avez aimé les précédents jeux Edmund McMillen (Super Meat Boy, Isaac)
- Vous n’avez pas peur d’expérimenter pour découvrir de nouvelles choses
- Dofus, Final Fantasy Tactics ou Into The Breach sont des jeux que vous appréciez
- 75h ? C’est le minimum !
- Mourir fait partie intégrante de l’apprentissage d’un jeu vidéo
- Avoir 5 ans d’âge mental ne vous effraie pas
C’est pas pour vous si
- Vous n’aimez pas penser avoir 5 ans d’âge mental
- Vous ne voulez pas y passer plus de 40 heures
- Vous n’aimez pas les Game Over
- Le tour par tour n'a jamais été votre truc
Conclusion
Points forts
- L’un des systèmes de combats les plus profonds
- La traduction française, pas garantie pour ce genre de jeux
- Un contenu colossal qui assure de la diversité
- Chaque partie n’est jamais la même, même après 75 heures dessus
- Générateur d’histoires
- Drôle
- Marche aussi bien en session courte qu'en session longue
- Les quêtes annexes, modifient les parties en les rendant exigeantes et intelligentes
Points faibles
- Parfois illisible, même avec la vue tactique
- Le système de bonus accordés par les voisins, un poil rébarbatif
Note de la rédaction
Déjà très enthousiaste lors de ma première preview sur le jeu, je suis tombé plus que sous le charme de Mewgenics. Le nouveau projet d’Edmund McMillen (accompagné de Tyler Glaiel) symbolise tout ce que j’attendais dans le genre du roguelite et encore plus de celui du tactical-RPG : un contenu colossal, un système de combat à la profondeur inégalée et surtout une sensation de découverte qui ne se tarit jamais. En plus de tout ça, le titre est un générateur exceptionnel d’histoires qui peut toucher amateurs de jeux vidéo comme néophytes. Encore faut-il accrocher à la direction artistique particulière de son créateur tout en n’ayant pas peur des Game Over. Mais si cela vous emballe plus qu'il ne vous effraie, vous plongerez alors dans l’un des meilleurs jeux de l’année. Déjà.