Le retour au cinéma de Christophe Gans se fait dans la douleur en 2026. Les premiers retours sur Retour à Silent Hill sont pour le moins catastrophiques, mais ce n’est pas intégralement la faute de l’illustre réalisateur français (Crying Freeman, Le Pacte des loups et Silent Hill) et de ses équipes. Est-ce vraiment possible d’adapter Silent Hill 2 au cinéma ? Trois membres de la rédaction de JV se sont penchés sur ce brumeux problème.
Retour à Silent Hill, un retour dans la douleur pour Christophe Gans
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Retour à Silent Hill réalisé par Christophe Gans essaye, mais ne parvient que trop rarement à porter ses bonnes intentions à l’écran. Le film tend à adapter fidèlement l'œuvre vidéoludique culte de Masashi Tsuboyama édité par Konami sans vraiment arriver à ses fins. Et les premiers retours sont sans appel. Sur Rotten Tomatoes, l’aventure introspective de James Sunderland interprétée par Jeremy Irvine (Fallen, Mamma Mia! Here We Go Again) ne convainc que 17% de la presse et 29% du grand public, des scores qui ravivent les souvenirs difficiles de Silent Hill : Revelation 3D.
Retour à Silent Hill déçoit à tous les niveaux, aussi bien visuellement avec ses effets spéciaux inégaux que narrativement avec ses facilités d’écriture et ses trahisons vis-à-vis du matériau d’origine, à savoir Silent Hill 2. Certains jugent cette nouvelle adaptation pire que la précédente, même si une minorité sauve des flammes l'atmosphère pesante, le respect des visuels et pour finir le bestiaire toujours aussi cauchemardesque. Il n’en demeure pas moins que le film de 2026 échoue dans sa tentative avortée de faire vivre un mythe du 10e Art sur grand écran.

Silent Hill, un premier voyage concluant il y a 20 ans ?
De mémoire, j’ai passé un bon moment en avril 2006 au cinéma devant Silent Hill de Christophe Gans. Sans atteindre la perfection du jeu vidéo originel, cette adaptation parvient à en capturer le ton pesant et l’atmosphère si singulière. Les visuels sont un autre point fort de ce film qui reprend l’esthétique crasse de Silent Hill et son légendaire brouillard tout en lui insufflant une dimension cinématographique. Hélas, il est victime d’une envie de (trop) bien faire et de la présence de Sean Bean qui alourdit inutilement le récit.
Je trouve personnellement l’accueil fait par la presse à Silent Hill quelque peu rude, pour ne pas dire exagéré. Le long-métrage ne dépasse pas les 34% sur Rotten Tomatoes. Fort heureusement pour lui, le grand public est bien plus réceptif avec un 63% qui me parait plus juste. Certes, Silent hill de 2006 souffre de bien des maux, mais il ne mérite pas des critiques aussi assassines à la différence de Retour à Silent Hill qui tend la planche en bois (première arme de SH2) pour se faire battre.

Silent Hill 2, un jeu vidéo culte impossible à adapter au cinéma ?
J’ai eu la chance de découvrir Retour à Silent Hill dans les meilleures conditions. Le film de Christophe Gans fut projeté juste après la cérémonie du palmarès du 33e festival international du film fantastique de Gérardmer en présence du réalisateur. Je suis un immense fan de Crying Freeman et dans une moindre mesure du perfectible mais osé Le Pacte des loups. Pourtant, je suis forcé de reconnaître que l'adaptation de Silent Hill 2 au cinéma n’est pas à la hauteur du mythe qu’est le jeu vidéo.
Et cet échec était à prévoir tant je pense que ce survival-horror est tout bonnement impossible à adapter sur grand écran sans trahir la vision de Masashi Tsuboyama et de ses équipes (ou encore celle du remake développé par la Bloober Team). Silent Hill 2, c’est de l’horreur psychologique où l’invisible est plus important que le visible, ce qui complique la tâche des réalisateurs. La narration fragmentée et environnementale typique du jeu vidéo est un autre frein à une adaptation cinématographique.
Devant un film, le spectateur est passif - il subit l’histoire - à la différence d’un joueur qui explore, interagit à sa guise, à son rythme. Pour un titre comme Silent Hill 2, cela fait toute la différence. Reproduire le sentiment d’isolement et de découverte qui caractérise SH2 au cinéma est quasiment impossible. Un film ne sera jamais un jeu vidéo et vice versa. Cependant, il existe une oeuvre cinématographique qui pourrait avoir le même effet que Silent Hill 2 sur les fans du jeu vidéo. Ce film, c’est L'Échelle de Jacob réalisé par Adrian Lyne en 1990. Et pour cause, il a inspiré la saga Silent Hill.

Avec Return to Silent Hill, j’ai eu l’impression d’assister à une bataille interne dans l’esprit du réalisateur, tiraillé entre le désir d’une interprétation d'auteur et l’obligation de servir un flot de références grisantes pour les initiés. En moins de deux heures, le pari devient impossible et s’effondre dans un rendu chaotique qui frise parfois le ridicule. Si adapter une œuvre aussi noble par sa symbolique et sa densité psychologique était déjà une tâche ardue, l’ambition de Gans s’est aussi fracassée sur des moyens techniques bien trop limités. Au final, le film prouve peut-être malgré lui l'adage : l'enfer personnel de James Sunderland ne se regarde pas, il se traverse manette en main. En voulant expliciter le mystère sous les projecteurs du cinéma, Gans n'a réussi qu'à en dissiper la brume, nous laissant face à un décor en carton-pâte.

Quand la Bloober Team a annoncé travailler sur un remake, je faisais partie de ceux qui pensaient que le défi était perdu d’avance. Comment réimaginer le mythe ? Les créateurs de The Medium ont décidé de rallonger drastiquement la durée de l’expérience afin de rendre le périple de James plus insoutenable. En rajouter plutôt que d'en retirer, donc. Un luxe que Christophe Gans n’a pas, lui qui veut nous faire aimer des personnages et nous raconter l’irracontable en 1h46. C’est un challenge énorme qui n’a théoriquement rien d’impossible pour peu que le fan accepte de ne pas voir une copie 1:1 de l'œuvre qu’il adule tant. Et Dieu sait comme les fans de SH2 n'aiment pas que l'on touche à leur bébé... Silent Hill HD Collection – et son ''Silent Hill ranch'' écrit en Comic sans ms – s'en souvient encore !