Il n’y a aucun monde, aucun univers où Grand Theft Auto VI n’est pas un carton planétaire. Le jeu vidéo développé et édité par Rockstar Games est le plus attendu de la décennie, si ce n’est du XXIe siècle, rien que ça. Et il va probablement s’écouler à des dizaines de millions d’exemplaires. Dépasser les quelque 220 millions de copies vendues de GTA V n’a, dès lors, rien d’une chimère. Personnellement, cela me fait peur.
GTA 6 : la bête noire du 10e Art
Depuis l’officialisation du projet, puis la diffusion du premier trailer début décembre 2023, Grand Theft Auto 6 joue avec les nerfs des joueurs/joueuses, mais aussi avec ceux de l’industrie vidéoludique. Annoncé pour l’automne 2025, il a été repoussé une première fois au 26 mai 2026, puis une seconde fois au 19 novembre 2026. Et avec les récents événements qui ont frappé les studios (grèves, procès, incendie), il y a de fortes chances que GTA VI soit encore une fois reportée. 2027 semble être une fenêtre de tir plus raisonnable.
Cela n’est et ne sera pas sans conséquences. En effet, les autres studios et les autres éditeurs guettent la moindre annonce et prient pour que l’épouvantail GTA 6 ne sorte pas en même temps que leurs propres jeux. En mars 2025, certains professionnels envisagaient déjà d’avancer ou de repousser leurs titres pour ne pas être en concurrence directe avec la création de Rockstar Games. Aucune franchise, pas même FIFA et Call of Duty, ne peut défier Grand Theft Auto sans y laisser des plumes, ici des thunes.
Nous ne souhaitons pas le sortir avant ou juste après le jeu. (responsable européen d'un éditeur AAA)
Au-delà de la date de sortie de GTA 6, c’est son impact durable sur l’industrie qui m’effraie le plus. Le titre de Rockstar Games va cannibaliser les ventes de jeux vidéo et il sera difficile pour les autres de survivre face au rouleau compresseur de Rockstar Games. Il y a de fortes chances que nous assistions à une attrition du marché vidéoludique, du moins en termes de propositions, durant plusieurs mois, soient ceux entourant la sortie de Grand Theft Auto 6.
L’offre vidéoludique risque de s’appauvrir sur cette période, la concurrence laissant le champ libre à Rockstar Games. Exception faite des indépendants qui peuvent tirer leur épingle du jeu, je vois mal un éditeur majeur sortir son blockbuster AAA aux coûts toujours plus exorbitants face à GTA 6 au risque de perdre des millions dans l’opération. En sortant son jeu mi-novembre 2026, l'éditeur verrouille de facto le mois de novembre (généralement le mois des sorties de triple A) ainsi que décembre, mais aussi le premier trimestre 2027.

GTA 6 : l'avènement du AAAA
Rockstar Games se garde bien de dévoiler le budget de Grand Theft Auto VI qui pourrait établir un nouveau record pour l’industrie du jeu vidéo en dépassant le milliard de dollars US, voire atteintre les 2 milliards. Ces chiffres ne sont pas confirmés et ne sont que spéculations à l'heure actuelle. A titre de comparaison, Red Dead Redemption 2 aurait coûté entre 370 et 540 millions de dollars marketing inclus. En prenant en compte plus de 10 ans de développement, l’inflation galopante des dernières années et les 6 000 personnes qui travailleraient sur le projet (dont Rockstar North et Rockstar India), le milliard de budget est bien plus que plausible.
Ces montants ahurissants “nécessaires” pour produire des jeux vidéo toujours plus ambitieux fragilisent les sociétés, même les plus solides, et mettent en péril l’industrie vidéoludique. Les ventes en deçà des prévisions de Star Wars Outlaws (1 million d'exemplaires sur son premier mois) ont mis Ubisoft en grandes difficultés et condamné Assassin’s Creed Shadows à réussir l’impossible pour sauver ce qui pouvait encore l’être. Résultats… Ubisoft traverse la pire crise de son histoire.
Un parallèle peut être fait avec le cinéma qui depuis maintenant 20 ans misent essentiellement sur des énormes projets souvent à licences coûtant des sommes astronomiques. Chaque sortie devient alors un coup de poker risquant de mettre à mal des acteurs historiques. Disney n’est plus la machine à hits commerciaux qu’elle fut par le passé et enchaîne les déconvenues et autres déceptions, malgré les succès de Zootopie 2 et Avatar 3 en 2025. Et le 10e Art pourrait subir le même sort en s’entêtant à suivre la même voie. La surenchère financière risque de nuire à l’industrie et GTA 6 est le porte-étendard de ce phénomène inquiétant, sauf que lui va se vendre par palettes entières à la différence de ses rivaux.

GTA 6 : un jeu "déconseillé" aux moins de 18 ans
La sortie de Grand Theft Auto VI sera un événement à l’international. La presse spécialisée, les joueurs/joueuses, les médias grand public, etc. tout le monde sans exception n’aura que GTA 6 à la bouche. Et c’est compréhensible. C’est le jeu vidéo le plus attendu de tous les temps. Et non, je n'exagère pas. Ce qui me pose problème, c’est l’inconscience des gens qui laisseront le titre de Rockstar Games entre les mains de jeunes gens perméables à une violence dont la franchise fait l’étalage.
GTA VI sera déconseillé aux moins de 18 ans, selon le PEGI (pour Pan European Game Information) qui lui a été attribué par le système d’évaluation européen des jeux vidéo. Et ce “moins de 18” est mérité. Toutefois, Grand Theft Auto 6 est “déconseillé” et non “interdit” aux mineurs, et cela fait toute la différence. Le court-métrage SIX STARS (2026) réalisé par Todd Wiseman Jr. avec Milo Machado-Graner (Anatomie d’une chute) dans le rôle principal questionne justement “la glorification de la violence et sa valeur de divertissement”. Le film pointe notamment du doigt l’impact d’un tel jeu sur les plus jeunes, par définition moins armés face aux exactions commises par les anti-héros de GTA.
GTA 6 nous vend un rêve américain où la seule solution pour s’élever socialement passe par une violence assumée et décomplexée. Je ne suis pas sûr que ce soit le remède idéal aux maux modernes qui frappent une société occidentale ressemblant de plus en plus à Grand Theft Auto.La réalité rejoint tellement la fiction en 2026 que GTA 6 n’est plus une satire des Etats-Unis, mais dépeint simplement le monde dans lequel nous vivons. Dans ce contexte, Grand Theft Auto 6 pourrait faire office d’exutoire pour des dizaines de millions de fans, mais à quel prix ?

GTA 6 : un achat politique
Se rendre au cinéma et payer sa place 15,90 euros (plein tarif à UGC) ou encore acheter un jeu vidéo 70 euros est un acte politique. En dépensant vos deniers pour voir un film ou jouer à un jeu vous cautionnez d’une certaine manière les conditions de production dans lesquelles ils sont réalisés. Je n’ai aucunement l’intention de vous dire quoi faire et encore moins de vous convaincre de ne pas acheter GTA 6, mais simplement de vous renseigner sur la création du jeu vidéo du siècle. Entre licenciements, conditions de travail et procès médiatisé, Grand Theft Auto VI fait parler de lui, mais pas toujours pour les bonnes raisons.
Depuis 2025, Rockstar Games fait face à plusieurs crises majeures dont un procès suite aux licenciements d’une trentaine d’employés et des mouvements syndicaux remettant en cause entre autres choses les conditions de travail. Le gouvernement du Royaume-Uni s’est même emparé de l’affaire et a ouvert une enquête ministérielle suite à la déclaration du premier ministre Keir Starmer ayant jugé cette histoire “profondément préoccupante". Le procès opposant Rockstar Games à leurs anciens employés et les syndicats est toujours en cours. Développer un tel jeu vidéo demande de faire des sacrifices, mais ce ne sont pas aux employés de payer la facture.