De retour aux commandes de la franchise culte avec Return to Silent Hill, Christophe Gans nous a accordé un entretien exclusif. Vingt ans après avoir ouvert la voie, le cinéaste français ne se contente pas d’adapter : il théorise.
Le nouveau roi des arts
Christophe Gans n'a jamais caché son amour pour le jeu vidéo. Celui qui avait signé le premier Silent Hill en 2006 - souvent cité comme la seule adaptation fidèle de cette époque - revient en 2026 avec une adaptation directe de Silent Hill 2, portée par Jeremy Irvine et Hannah Emily Anderson. Lors de notre échange, le réalisateur a tenu à certifier son amour du médium :
Le cinéma a été l'art principal du XXe siècle, mais l'art du XXIe siècle, c'est incontestablement le jeu vidéo.
Une déclaration qui résonne avec sa carrière. Gans, pour qui une bonne adaptation tient avant tout « à la sincérité », a toujours cherché la convergence entre ces deux langages. Il révèle d'ailleurs avoir mis à profit les confinements passés pour écrire deux scripts sous la supervision des éditeurs originaux : celui de Return to Silent Hill, mais aussi une adaptation de Fatal Frame (Project Zero) qu'il espère tourner prochainement.

Le cinéaste n'est pas qu'un théoricien, c'est aussi un praticien de la manette. Lorsqu'il ne filme pas le brouillard, il s'immerge dans d'autres dystopies. Il nous a confié un amour inconditionnel pour le chef-d'œuvre de Ken Levine :
J'ai rejoué à BioShock, qui est mon jeu favori. On ne peut pas quitter Rapture trop longtemps, c'est mon oxygène !
Une confession qui n'étonnera personne. De Silent Hill au Pacte des Loups, le cinéma de Gans partage avec BioShock cette obsession pour les directions artistiques radicales et la narration environnementale. Et son adaptation de jeu vidéo préférée ? Elle pourrait en étonner plus d'un.
La dernière que j'ai trouvée sensationnelle, c'est Arcane. C'est artistiquement incroyable et ça complète parfaitement la création originale. Pour moi, c'est la meilleure adaptation de jeu vidéo jamais faite. Je pèse mes mots. Souvent, en tant que geek et fan, je ne suis pas satisfait, mais Arcane, j'ai trouvé ça absolu. Elle fait l'unanimité.
De l'horreur "facile" à l'ère A24
Pour le cinéaste, adapter Silent Hill 2 aujourd'hui est une opportunité unique. Le public et le cinéma ont mûri, permettant de toucher à la psychologie complexe de l'œuvre, là où les années 2000 réclamaient de l'efficacité brute. « En 2006, le cinéma d'horreur, c'était vraiment des jump scares. Il fallait absolument faire peur : les portes claquaient, les chats sautaient dans le cadre... C'était le temps de l'horreur facile », dit-il. Selon lui, le paysage a radicalement changé sous l'impulsion de la société de production A24 et de réalisateurs comme Ari Aster ou Robert Eggers. « Le genre est devenu plus sophistiqué, plus profond. Il joue sur les niveaux de perception. C'était le bon moment pour adapter Silent Hill 2, le jeu le plus ambigu de la saga. »

Au-delà de l'esthétique, Gans est fasciné par la culture qui entoure le gaming. Il rejette le cliché du joueur solitaire pour décrire une « société construite » et dynamique : « Les gens jouent, puis ils aiment en parler, confronter leurs interprétations. » C'est dans cet esprit qu'il a conçu son nouveau film : non pas comme une vérité absolue, mais comme sa contribution au débat.
J'espère que le film sera pris pour ce qu'il est : mon interprétation émotionnelle du jeu. J'en ai parlé avec Akira Yamaoka (compositeur légendaire de la série), et il était surpris par certaines de mes visions. C'est la force de ce milieu : dire "voilà ma vision", tout en sachant que les vôtres valent autant. Si Silent Hill 2 n'avait qu'une seule lecture, on ne s'écharperait pas encore dessus 25 ans après sa sortie.
Retour à Silent Hill est au cinéma ce 4 février 2026.