Dans la (courte) vie de la première Xbox, Fable était le jeu le plus attendu de la machine de Microsoft aux côtés de Halo 2. Comment pouvait-il en être autrement, il promettait la lune ? Cependant, quand le soft est arrivé dans nos boutiques, il n’était pas aussi révolutionnaire que ce que Peter Molyneux et les équipes de Lionhead avaient annoncé. 22 ans plus tard et avec Playground à la tête de projet, c’est (enfin) la bonne ?
Fable : une révolution promise par Peter Molyneux
Annoncé en 2001 sous le nom de code de Project Ego, Fable est, à l’époque, un jeu qui fait rêver tout le monde. Peter Molyneux, cofondateur de Lionhead et responsable du projet (aux côtés des frères Carter), n’y va pas avec le dos de la cuillère lors de sa présentation en promettant “une expérience unique” qui va “révolutionner le RPG”. Rien que ça ! Cependant, au début des années 2000, tout le monde y croit.
Le célèbre développeur est considéré comme une légende du jeu vidéo grâce aux titres adulés qu’il a conçu tels que Populous, Theme Park, Dungeon Keeper ou encore Black & White. Quand Peter Molyneux parle, on ne fait pas que l’écouter, on boit ses paroles. Les frères Carter, les co-créateurs du soft, ont même régulièrement droit à une rubrique qui leur est dédiée dans le magazine Joypad, où ils donnent des informations sur le développement.


Au fil des mois, le cofondateur de Lionhead – très à l’aise quand il s’agit de communiquer sa passion dans les médias – lâche bombe sur bombe dans les magazines spécialisés. Il explique que le monde de Fable sera entièrement interactif avec des conséquences durables, donnant pour exemple la possibilité de planter une graine et de voir pousser l’arbre au fil des années.
Il ajoute que l’on suivra le héros pendant toute sa vie et que le système social du jeu sera tellement développé que l’on pourra avoir des enfants et reprendre sa quête avec eux si on meurt définitivement. Peter Molyneux évoque également, un monde totalement ouvert, un système de réputation jamais vu avec des PNJs capables de se venger ou encore une météo poussée. Quelques mois avant la sortie du soft, il récidive chez CVG : “ce sera le meilleur jeu de tous les temps”, prévient-il.


L’étincelle plutôt que l’explosion dans le monde de l’action RPG
Quand Fable sort au mois de septembre 2004, la presse spécialisée est enthousiaste. Le titre est bon, très bon même, c’est d’ailleurs pour cela que nous lui avons attribué un 16/20. Dans notre test, nous disions que non “Fable n’a pas une note faramineuse” car “il n’est pas aussi révolutionnaire que ce qui était annoncé”. “Sa durée de vie n'est pas à la hauteur de ce qu'on peut attendre d'un RPG aussi ambitieux”, soulignait-on.
Vous vous souvenez des folles déclarations de Peter Molyneux listées plus haut ? Dans la version finale de Fable, aucune de ces promesses n’est respectée ! Nous retrouvons bien quelques bribes çà et là, mais les concepts jurés “révolutionnaires” sont largement atténués et limités. Peter Molyneux s’excusera plus tard d’avoir évoqué des fonctionnalités à la presse avant d’en avoir parlé à ses développeurs.
Fable 2, qui sort en 2008 sur Xbox 360, améliore la première proposition sans pour autant veiller à respecter les promesses d’origine, tandis que Fable 3 suit un chemin légèrement différent. Forcément, quand Microsoft révèle l’existence d’un nouveau Fable (2026) lors de son Xbox Games Showcase de 2020, il y a de quoi écarquiller les yeux. Comment Playground, studio qui ne connaît que les Forza Horizon, va réussir à ressusciter la licence en s’assurant le soutien des fans et en donnant aux petits nouveaux l’envie de découvrir Albion ? La réponse, nous l’avons aujourd’hui : le studio britannique semble sur le point de réaliser la vision initiale de Peter Molyneux.

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Forza Fable !
“Écoutez, nous ne sommes pas Lionhead, nous ne pouvons pas chercher à faire un jeu à la Lionhead… tenter de copier serait inutile”, indique pourtant Ralph Fulton, le fondateur de Playground Games, à propos de Fable. Plutôt que chercher à reproduire de manière scolaire ce qui a été fait dans la trilogie d’origine, Playground préfère concevoir un jeu à sa façon bâti autour des documents de design de Lionhead. Résultat ? Nous retrouvons certaines des promesses initiales faites par Peter Molyneux au temps de “Project Ego”.

Le monde ouvert ? Il sera là ! “Le monde d’Albion est à vous”, renchérit Ralph Fulton, “avec des choses intéressantes à faire partout”. Le système social ? Plus poussé que jamais. Il sera possible de s’installer où bon nous semble, avec des actions qui pourront faire monter ou descendre les prix des loyers. Le système de réputation poussé ? Il est prévu, avec des personnages qui se rappellent de nos actions et qui ont leur propre avis sur ce que l’on fait. “Vous pouvez avoir une identité totalement différente selon les régions d’Albion, en fonction de vos choix et de vos comportements”, confirme Playground.

Le concept de Bien et de Mal revu et corrigé
Ce Fable millésime 2026 revoit aussi en profondeur le système de Bien et de Mal trop manichéen de l’époque, où on rappelle que l’on pouvait se transformer en démon en mangeant un petit peu trop de crousti-poulets. “Il n’existe pas de bien ou de mal absolu”, ajoute Ralph Fulton. Ici, ce sont les PNJs qui vont vous trouver “bon” ou “mauvais” selon leurs propres valeurs. “Ils peuvent vous héler dans la rue, vous faire des avances, influencer vos chances de mariage, et même faire varier les prix dans les magasins”, insiste Playground.

Le plus drôle, c’est que le monde ouvert compte 1 000 PNJs chacun doté d’un rôle, d’une personnalité et d’une routine propre. Vous l’aurez compris, tout cela ouvre de nombreuses perspectives et Ralph Fulton semble avoir confiance en les rouages de son jeu. “Nous savons que des joueurs vont vouloir expérimenter les systèmes, tester leurs limites et voir jusqu’où ils peuvent les pousser. Nous voulons qu’ils aient la liberté de le faire, à tout moment du jeu”, dit-il. De nouvelles promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, bien sûr, mais ça me donne vraiment envie de me perdre dans cet univers. Est-ce que Ralph Fulton va nous faire une Peter Molyneux ? Réponse cet automne.