C’est un véritable séisme qui frappe en janvier 2026 l’industrie du jeu vidéo, et plus particulièrement la France. L’un de ses acteurs historiques entame un plan de restructuration à l’échelle internationale afin de sauver ce qui peut encore l’être. Certains joueurs et joueuses se réjouissent de la chute aux enfers d’Ubisoft. Je ne comprends pas cette attitude que j’estime être déplacée. Personnellement, cela m’attriste de voir un éditeur parmi les plus influents du 10e Art être autant en difficulté.
La descente aux enfers d'Ubisoft
Ubisoft traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire. Longtemps porté par ses grandes licences, l’éditeur français subit de plein fouet la transformation du marché du jeu vidéo. L’explosion des coûts de développement, la difficulté croissante à créer de nouvelles IPs et un marché toujours plus concurrentiel ont fragilisé un modèle reposant sur projets coûteux et donc risqués. Des reports à répétition, des performances inégales et une transition vers le jeu service qui n’a pas tenu ses promesses, ont pesé sur les résultats financiers de la firme française et forcé celle-ci à se rapprocher Tencent.
C’est dans ce contexte qu’Ubisoft a annoncé une restructuration d’ampleur, présentée comme un tournant stratégique. Le groupe revoit en profondeur son organisation avec la création de cinq “Creative Houses”, des entités autonomes organisées par genres et marques. Elles sont chargées à la fois de la création des jeux, de leur mise sur le marché et de leur rentabilité. L’objectif est clair : gagner en agilité, mieux cibler les projets et remettre la qualité au cœur de l'entreprise.
Cette nouvelle vision passe par des choix difficiles. Ubisoft confirme l’annulation de six jeux en développement, dont le remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, et le report de sept autres projets afin d’en élever les standards de qualité. Plusieurs studios sont fermés ou restructurés, tandis qu’un vaste plan de réduction des coûts se poursuit. Cette remise à plat assumée est censée permettre à Ubisoft de repartir sur des bases plus solides.

Le vilain petit canard du jeu vidéo ?
Autrefois encensé pour sa capacité à secouer le 10e Art, Ubisoft subit depuis plusieurs années l’ire des “gamers” regrettant une époque révolue. L’éditeur s’est pourtant taillé une solide réputation au fil des années en produisant des titres qui ont émerveillé la sphère vidéoludique. Je pense entre aux Rayman, Splinter Cell, Assassin’s Creed, Far Cry, Ghost Recon, Rainbow Six et Prince of Persia, mais aussi à des titres plus “confidentiels” comme Child of Light, Beyond Good and Evil, Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre, From Dust et tant d’autres.
Hélas, les productions récentes de l’éditeur peinent à se renouveler. Les joueurs reprochent à Ubisoft des jeux vidéo répétitifs et peu innovants qui reposent sur une formule copiée-collé et peu encline à se réinventer. Les studios seraient trop prudents, privilégiant la quantité et la rentabilité à la créativité. Je ne partage pas forcément ce constat. Prince of Persia : The Lost Crown de 2024 en est le parfait exemple. Parmi les autres critiques, la technique et le manque de finitions reviennent (trop) souvent sans oublier le support client qui laisserait à désirer.
Sur le plan culturel, Ubisoft est accusé de “wokisme” par la branche conservatrice (pour ne pas dire réactionnaire) des joueurs. Ces derniers prennent en grippe des choix de représentation entre diversité ethnique, genre et sexualité, qui sont perçus comme idéologiques et/ou marketing. Cela se ferait selon eux au détriment de la cohérence historique et narrative. Ubisoft défend ses positions, affirmant que cela relève de leur liberté créative. Et je me range aux côtés de l’éditeur français.

Des réactions inappropriées
La minorité bruyante semble se réjouir des mésaventures d’Ubisoft qui enchaîne les déconvenues. Je peux comprendre la colère des joueurs, toutes propensions gardées, concernant le manque de nouveautés, les défauts techniques et la mort prématurée de jeux en ligne (via la fermeture des serveurs), mais je ne peux pas accepter certaines réactions que j’estime être inappropriées. Entre la déception et la malveillance, il y a un pas que personne ne devrait franchir.
Il ne faut pas oublier que l’éditeur emploie près de 18 000 personnes à travers le monde (chiffres de mars 2025) qui pâtissent des fermetures de studios et des annulations de projets. Les développeurs en charge du remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps voient disparaître plusieurs années de travail et il en va de même pour les six autres projets annulés. Ces personnes sont les premières victimes des échecs répétés d’Ubisoft et d’une stratégie qui n’a pas porté ses fruits.
Lire sur les réseaux sociaux des commentaires enjoués à l’idée de voir Ubisoft disparaître me fait froid dans le dos. Je ne suis pas toujours en phase avec les décisions prises par l’éditeur français (position sur le télétravail et j’en passe), mais je ne peux pas occulter les dizaines d’heures que j’ai passées sur leurs créations. Je me souviens du plaisir presque enfantin ressenti sur les niveaux musicaux de Rayman Origins, primaire sur Far Cry 3, tactique sur Ghost Recon Wildlands et mélancolique sur Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre. Les jeux vidéo estampillés Ubisoft ont émerveillé moi moi enfant, adolescent et adulte, et je ne souhaite pas que cela s’arrête en 2026.